| Publié le 5 juillet 2019

Choix choix choix

Choix choix choix

9 min de lecture Comme bon nombre des personnes de son âge, à 32 ans, notre journaliste veut profiter au maximum de la vie, mais les choix à accomplir la stressent. Et toutes ces vies en apparence parfaites sur les réseaux sociaux ne sont pas faites pour aider les “milléniaux”. Une psychologue nous donne ses conseils.

« Les jeunes d’aujourd’hui, ils en profitent bien. » J’entends ma mère murmurer cette phrase en soupirant, alors qu’elle informe une de ses amies des dernières frasques de ses enfants. Il s’agit cette fois-ci de la troisième – à peine rentrée d’un voyage autour du monde –, qui s’est lancée dans une nouvelle aventure : sillonner les routes d’Europe cet été à bord d’un camping-car d’occasion.

Cette troisième, celle avec le camping-car, c’est moi. Et même si le monde est peut-être à mes pieds, je sens de temps en temps cette liberté me prendre à la gorge. Bien sûr, il me tarde d’envoyer mon premier #lamaisonestlàoùonsegare. Mais en même temps, je sais que ce genre d’escapades ne font que me distraire temporairement des choix qui doivent être effectués dans la “vraie” vie, après le road trip. Quelques-unes des questions qui m’assaillent : est-ce que je veux la vie libre mais précaire d’un autoentrepreneur ou plutôt un emploi fixe ? Est-ce que je veux continuer à louer un appartement en ville ou plutôt acheter une maison plus spacieuse dans un endroit calme ? Et puis, il y a la question des enfants : oui/non/peut-être ?

Je me surprends parfois à espérer que les réponses libératrices me viendront soudain, comme par miracle, mais ça n’a pas encore eu lieu. En outre, il est question d’un désagréable effet secondaire : plus je diffère certains choix, plus ils me préoccupent.
Les grands moments de choix s’accumulent bel et bien vers la trentaine, et j’ai parfois le sentiment d’une immense tension dans ma tête.

SE COMPARER AUX AUTRES

Heureusement, la psychologue et conseillère de carrière Nienke Wijnants me rassure : je ne suis pas la seule. De nombreux milléniaux – nés entre 1980 et 2000 – tels que moi souffrent de ce stress du choix. Ils en veulent tout simplement beaucoup trop (fatigant), ou ne savent pas du tout ce qu’ils veulent (encore plus fatigant).

La psychologue est auteure d’un livre sur le sujet, qui vient d’être réédité. Les principales raisons de cette réédition : le rôle de plus en plus grand des réseaux sociaux. Ils nous confrontent chaque jour à la vie des autres, qui nous paraît toujours plus fantastique que la nôtre. Nous utilisons les réseaux sociaux comme des boussoles pour faire le “juste” choix. Mais cela rend-il les choses plus faciles ? Selon la spécialiste, ce n’est pas le cas : « Nous comparer avec d’autres qui semblent avoir mieux réussi que nous ne fait que renforcer nos doutes et notre sentiment d’insécurité. En outre, cela maintient l’illusion qu’une vie parfaite est possible. »

Ces dernières années, la psychologue a découvert un schéma dans les conversations qu’elle avait eues avec des jeunes de 20 et de 30 ans. Ils étaient tous passionnés et voulaient “tout” sans savoir réellement ce qu’ils voulaient. Ils souffraient eux aussi de comparaison sociale. Ils se posaient la question : « Est-ce cela, la vie ? » et se retrouvaient avec un burn-out ou une dépression. La psychologue explique : « Ce sont des jeunes qui traversent la crise de la quarantaine. Comment est-ce possible ? »

Pour mieux le comprendre, elle a procédé à des recherches sur plus de mille deux cents personnes de 25 à 35 ans. Le score moyen obtenu par ces jeunes pour les questions portant sur le sens de la vie s’est avéré pouvoir prédire leur score moyen concernant les autres troubles pour lesquels ils étaient venus la consulter. En d’autres termes : plus quelqu’un indiquait être préoccupé par des questions sur le sens de la vie (« je réfléchis à l’intérêt de la vie »), plus il souffrait de stress devant les choix de la vie quotidienne (« une vie est trop courte pour tout ce que je veux ») et de comparaison sociale (« pour mesurer mon succès, je me compare avec d’autres personnes de mon âge »). Il en était de même pour les doutes, l’insatisfaction et les troubles physiques et émotionnels. Depuis, la psychologue est persuadée que les doutes sur des choix pratiques persisteront aussi longtemps que la personne ne réfléchira pas de façon approfondie sur ce qui donne du sens à sa vie.

DOUTES EXISTENTIELS

Je sais à présent que je dois mon existence d’hésitante au fait que je n’ai pas encore trouvé de réponse satisfaisante à cette question sur le sens de la vie. Et que dans ma recherche – contre toute raison –, je me laisse berner par les succès affichés sur les réseaux sociaux. À côté de cela, la psychologue explique que mon identité de femme et ma propension supérieure à la moyenne au névrotisme pourraient jouer un rôle dans le fait que je suis assaillie par des doutes existentiels. Je n’essaie même pas de le nier. La question suivante est donc : comment m’en débarrasser ? Elle me fait tout de suite descendre de mon nuage : il n’existe pas de kit de réparation rapide pour les doutes existentiels. « Vous me voyez vous donner une ordonnance pour la vie idéale ? me dit-elle. Si je le faisais, c’est que je partirais du principe qu’on peut modeler la vie à notre guise, ce qui est, de toute façon, une illusion. »

Ce qui marche mieux : prendre le temps de réfléchir à ce que vous trouvez vraiment important dans la vie. Par exemple en dressant une liste de ce en quoi vous êtes bon, ou en vous demandant quel regard vous poserez à 80 ans sur la vie que vous menez actuellement. Vous pouvez toujours laisser d’autres personnes vous inspirer. Pour cela, ne cliquez pas sur votre fil d’actualité, mais regardez les gens qui vous entourent et qui, malgré les écueils inévitables, parviennent à profiter pleinement de leur vie.

MÉLANGE DE PRINCIPES

Enfin, Nienke Wijnants constate que se poser des questions peut aussi aider les milléniaux : que puis-je faire, dans les limites de mes possibilités, pour donner du sens à ma vie ? Qu’est-ce qui me fait me sentir utile ? Selon elle, dans ce cadre, il est bon de prendre conscience de votre tendance à vous laisser guider par les normes en vigueur et les attentes des autres. Et c’est un processus qui prend du temps, de plusieurs mois à un an. Demander de l’aide à un ami proche ou à un professionnel qui pose les bonnes questions peut vous aider. « Car lorsque vous saurez ce que vous voulez faire de votre vie, vous remarquerez par vous-même que tous les choix – petits et grands – deviendront naturellement plus faciles, qu’il s’agisse du choix de vos céréales ou de celui du partenaire adéquat. Car vous aurez forgé pour vous-même une conviction de base – un genre de mélange de principes – que vous pourrez chaque fois réutiliser pour vous aider. »

Selon la psychologue, cela ne signifie d’ailleurs pas que vous n’aurez plus jamais de doutes. « Mais vous saurez bel et bien que vous êtes libre – le cas échéant – de faire un choix qui vous convient, qui vous rendra heureux. » //

Texte : Carlijn Bult // Image : Alita Ong

Sources, entre autres : N. Wijnants, Twintigerstwijfels & dertigersdilemma’s. De belangrijkste loopbaan- en levensvragen van millennials, Prometheus, 2019 / N. Wijnants, Wie ben ik? En wat wil ik?, Prometheus, 2013 / I. D. Yalom, Staring at the sun. Overcoming the terror of death, Jossey-Bass, 2009.
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