| Publié le 31 octobre 2018

Décevoir ses parents… pour vivre pleinement

Décevoir ses parents… pour vivre pleinement

4 min de lecture Trouver son propre chemin dans la vie sans être influencé par les attentes de ses parents est un travail de longue haleine. Selon le professeur de philosophie Michael Bordt, l’une des clés pour se libérer et être pleinement soi est d’accepter de les décevoir.
© D.R.

Dans votre livre, vous soulignez que nous sommes empêtrés dans la relation qui nous lie à nos parents, que nous répondions à leurs attentes ou que nous fassions strictement le contraire… Pourquoi ?

Beaucoup de personnes pensent que si elles font exactement l’inverse de ce que leurs parents désirent, elles se libéreront d’eux et pourront ainsi mener une vie autodéterminée. Or, c’est complètement faux. Car même dans un rapport de négativité, les parents restent omniprésents : les choix sont encore faits par rapport à eux. C’est principalement le travail que j’effectue avec des entreprises familiales qui m’a poussé à écrire ce livre. Dans ces structures, la question de la succession est un sujet primordial. Souvent, cela fait peur aux fils et filles des patrons, ils sentent qu’ils n’en ont pas la capacité mais ils sont prêts à le faire quand même parce qu’ils ne veulent pas décevoir leurs parents ou leur faire de la peine. À l’inverse, certains savent que cela les rendrait probablement heureux, mais ne franchissent pas le pas dans un esprit d’opposition. Alors que le coeur du sujet est de mener une vie harmonieuse, où ce qu’il y a à l’extérieur concorde avec ce qu’il y a à l’intérieur. C’est un long chemin et le projet de mon livre est de fournir quelques pistes qui permettent d’avancer dans ce sens.

 Comment s’y retrouver entre ce que nous pensons de nous-mêmes et l’image que les autres ont de nous ?

Plusieurs choses peuvent nous aider à identifier si ce que nous entreprenons provient d’une attente extérieure ou de nous-mêmes. Tout d’abord, il y a la question de la joie et de la gratitude que l’on ressent. Par exemple, quelqu’un qui réussit bien dans la vie peut se demander si, en fin de compte, le fait d’être couronné de succès dans sa carrière lui fait ressentir de la satisfaction et le rend heureux. Si on ne ressent aucune joie ni aucun sentiment de satisfaction, c’est que ce que l’on a construit est finalement le résultat des attentes des autres. Un deuxième indice réside dans la manière dont, soi-même, on considère les objectifs que l’on se fixe. Est-ce que, lorsque je me parle à moi-même, je me dis que je dois réussir ou que je veux réussir ? Dans les  relations humaines les plus profondes, c’est très important d’être tel qu’on est. Prendre le risque de décevoir présuppose le courage d’oser montrer que l’on est différent de ce que l’autre peut s’imaginer. Et ce courage peut conduire à un approfondissement qualitatif de la relation.

 

En quoi nos peurs et nos émotions négatives peuvent-elles nous aider à définir qui nous sommes vraiment ?

Chaque sentiment négatif que nous ressentons protège ce qui nous est précieux. Quand je reçois une émotion négative, je me rends compte que l’enjeu de cette émotion est quelque chose qui me tient profondément à coeur. Nos sentiments  négatifs nous dépassent, nous bouleversent et ne sont pas rationnels. Ils sont donc des pistes qui nous permettent de comprendre quels sont nos désirs et ce qui est important dans notre vie. C’est notre inconscient qui parle. Si on prend la jalousie par exemple, elle peut révéler l’amour que l’on ressent pour quelqu’un. //

Michael Bordt est j »suite et professeur de philosophie à l’école supérieure de Munich. Il organise par ailleurs des ateliers en entreprise.

 

Propos recueillis par Iris Cazaubon, interview à retrouver dans le Psychologie positive n°22

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le avec vos amis !
Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Newsletter

Restez au courant des nouvelles parutions de
Psychologie Positive