| Publié le 20 août 2018

Elle se casse sans cesse quelque chose

Elle se casse sans cesse quelque chose

7 min de lecture « C’est dur, j’ai mal aux jambes », se plaint votre fils quand le chemin monte un peu. Quant à votre fille, elle n’est tombée que de sa hauteur mais s’est fracturé l’avant-bras. Pourquoi nos enfants sont-ils devenus si fragiles ?

Ils sont fatigués et ont mal partout dès qu’on leur propose de marcher un peu, mais en classe, ils ne tiennent pas en place ou s’avachissent. Enseignants et parents ne peuvent que constater le défaut de concentration, la baisse de capacités physiques, l’augmentation de la brutalité des jeux et le peu de contrôle émotionnel. Comme si les enfants ne possédaient plus autant de maîtrise d’eux-mêmes. Certains accusent un problème d’autorité…
Et si notre erreur était ailleurs ?
Les études standardisées montrent une telle baisse générale du développement sensori-moteur et de la force des enfants que les scientifiques parlent de réévaluer les critères ! Des chercheurs de l’université de l’Essex, au Royaume-Uni, ont constaté entre 1998 et 2008 une chute de 27 % de la force des muscles abdominaux, de 26 % de la force des bras et de 7 % de la force de préhension des enfants de 10 ans. En 1998, un enfant sur vingt ne supportait pas son poids en se pendant à des barres horizontales.
En 2008, c’est un sur dix ! Non seulement ils manquent de force, mais ils ont du mal à se repérer dans l’espace, manquent d’équilibre et de coordination. Ils se cognent un peu partout, se heurtent les uns aux autres et chutent. Il y a trente ans, une chute à vélo entraînait quelques bleus et égratignures. De nos jours, un ado se fracture l’avant-bras en trébuchant simplement de sa hauteur. Des chercheurs suédois ont observé une augmentation de 13 % des fractures entre 1998 et 2007 chez les moins de 19 ans. Le nombre de blessures des élèves américains pendant les cours de gym a augmenté de 150 % entre 1997 et 2007. « Il est peu probable que cette hausse soit imputable à un accroissement de la participation des élèves aux cours de gym », a ironiquement déclaré l’auteure de l’étude, Lara McKenzie. Même les jeunes athlètes chutent davantage. Entre 1991 et 2007, les blessures ont augmenté de 37 % chez les enfants pratiquant la danse.

Outre le fait qu’ils ne sont plus protégés par une musculature suffisante, les os de nos enfants sont devenus plus fragiles !
Pourtant, nous avons le sentiment de leur fournir tout le calcium dont ils ont besoin. Ils boivent du lait, avalent yaourts et crèmes desserts. Ce ne serait pas suffisant ? D’une part, un produit laitier apporte nettement moins de calcium que le chou, les brocolis ou les épinards. D’autre part, à quoi sert un os s’il n’est pas utilisé ?
Lorsque les os ne sont pas suffisamment sollicités, ils perdent leur calcium. En revanche, quand ils travaillent, ils se densifient, leur teneur en minéraux augmente.
Une augmentation de 5 % de sa densité double la résistance de l’os. Doit-on prévoir plus de sport en salle ? Ce serait continuer de les carencer en vitamine D, qui joue elle aussi un rôle dans la solidité osseuse !
Ce qui assure la solidité de l’os, c’est le mouvement en extérieur.

Or les enfants d’aujourd’hui ne jouent plus guère dehors ! « Fais attention, tu vas tomber ! » Et si nos craintes étaient en partie à l’origine de la transformation de nos enfants en fragile porcelaine ? Avouons-le, nous sommes parfois rassurés de les savoir dans leur chambre, même devant un écran, plutôt que dehors. Nous ne devrions pas. La station assise prolongée et le manque de lumière altèrent leur développement. Et puis, prendre des risques, tomber, cela fait partie de l’apprentissage. Quand ils jouent librement, les enfants se lancent des défis progressifs et prennent des risques mesurés. En grimpant aux arbres, ils coordonnent leurs yeux et leurs gestes, calculent les distances, travaillent leur équilibre. En courant, construisant, escaladant, ils se musclent et se solidifient.

Mais les enfants ont perdu l’habitude de jouer dans les bois. Quand il y a encore un arbre dans une cour d’école, il est interdit d’y grimper. Plus question de jouer dehors librement avec les copains. Les squares sont devenus des espaces sécurisés, les balançoires ont raccourci et il faut même descendre le toboggan dans le bon sens ! Le jeu physique libre en extérieur et dans la nature est essentiel au développement sensorimoteur. C’est l’antidote aux heures passées devant un écran. Et puis, être dehors à respirer et bouger, cela nous fait du bien à nous aussi !

Concrètement

Quelques signes de fragilité : 

L’enfant peine à grimper à la corde ou à se suspendre
aux barres.
Si on lui demande de tourner sur lui-même dix fois, yeux ouverts puis yeux fermés, il n’y arrive que lentement ou tombe.
Il a du mal à rester assis et concentré sans tapoter rythmiquement avec ses pieds ou ses doigts.
Il se tient mal, dos arrondi, tête penchée en avant. L’atrophie des muscles profonds de la sangle abdominale induit un manque de stabilité de la colonne vertébrale.
Il est maladroit, se cogne souvent, heurte brutalement ses copains.

Que faire pour relancer son développement sensori-moteur ?

Sortir ! Dehors, dans la nature, les roches sont diverses, le poids des branches est chaque fois différent, le sol est inégal… Tout cela est imprévisible, demande adaptation et donc renforce. Collines à gravir, roulés-boulés dans l’herbe, rochers, pierres à transporter, petite rivière… sont plus utiles que des structures colorées en plastique.
Les laisser s’ennuyer suffisamment longtemps pour qu’ils lancent un jeu. Les enfants mettent environ 40 minutes pour décider avec qui jouer et à quoi.

Texte : Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de 20 livres traduits en 19 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au cœur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.

Sources :
• Hanscom, Angela J., Dehors les enfants ! RÈapprendre aux enfants à jouer dehors et à oublier les tablettes, J.-C. Lattès.
• Campbell, D., “Children growing weaker as computers replace outdoor activity”, Guardian, 21 mai 2011.
• Cohen, D.D., et al., “Ten-year secular changes in muscular fitness in English children”, Acta Pædiatrica 100, 2011.
• Hedstrˆm, E., et al., “Epidemiology of fractures in children and adolescents”, Acta Orthopædica, 2010.
• Bowman, Katy, Move your DNA, Propriometrics Press, 2014.
• Khosla, S., et al. “Incidence of childhood distal forearm fractures over 30 years: a population-based study”, Journal of the American Medical Association, 2003.
• “Dance related injuries by the numbers”, Center for Injury Research and Policy of The Research Institute at Nationwide Children’s Hospital, www.nationwidechildrens.org.

 

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