| Publié le 25 janvier 2018

Et si ce n’était pas de la dyslexie ?

Et si ce n’était pas de la dyslexie ?

7 min de lecture Il peine à lire, inverse les lettres, à croire qu’il le fait exprès tant il bute sur des mots simples. Et si, derrière sa présumée dyslexie, se cachait avant tout un problème de convergence oculaire ?

Je me souviens d’un enfant dont tous disaient qu’il était lent. Je l’ai observé : il lisait bien trop vite ! Stressé à l’idée de ne pas être assez rapide, ses yeux sautaient sur la suite, il se perdait rapidement, revenait en arrière… Je ne savais pas alors que ces mouvements des yeux se nommaient saccades régressives (ou de véri cation). À l’époque, un simple cache laissant paraître un mot à la fois lui a permis de reprendre confiance en ses capacités. J’ai
reçu ce garçon il y a trente ans. On connaissait peu la dyslexie. Encore aujourd’hui, nombre d’enfants ayant des difficultés sont vus comme des fainéants alors qu’ils travaillent souvent plus que les autres. Ainsi jugés, ils perdent pied, se découragent et finissent effectivement par ne plus travailler. Ils sont surreprésentés parmi les QI élevés, et pourtant ils se considèrent comme nuls tant ils peinent. La détection de la dyslexie a beaucoup progressé, sa prise en charge moins.

Que se passe-t-il pour ces enfants ? Lire, c’est visuel ! Il a fallu des années avant que cette évidence se fasse jour chez les experts. Pourtant, dès 1987, John Stein de l’université d’Oxford a montré que 75 % des enfants dyslexiques présentent des défauts de fixation et de convergence oculaire. Nous avons deux yeux travaillant de manière coordonnée pour nous fournir une seule image. La convergence permet la mise au point. Depuis sa naissance, Manon devait faire nettement plus d’efforts que les autres pour réussir à l’école. Elle se pensait bête. Comme elle avait une excellente vue, la piste des yeux n’avait pas été suivie. Ce n’est qu’à l’âge de 16 ans que son problème a été découvert : elle voyait en permanence deux images ! Les phares d’une voiture peuvent éclairer parfaitement, mais s’ils ont un défaut de parallélisme, l’un éclairant le fossé, l’autre trop haut, on ne voit pas la route. On comprend combien la lecture peut alors se révéler ardue et fatigante !

Selon le Dr Robin Pauc, directeur d’une clinique anglaise spécialisée en neurologie pédiatrique, près de 50 % des enfants diagnostiqués dyslexiques ne présentent en fait qu’un simple défaut de convergence. Une fois convergence et poursuite oculaire rétablies, ils voient enfin correctement les lettres et rattrapent vite leur retard. Le défaut de convergence est très répandu. Certains auteurs avancent le chiffre de 75 % de la population générale ! En cause : écrans, manque de mouvement libre et de contact avec la nature, stress… Nos yeux ne travaillent plus assez ! Les écrans capturent notre regard et le fixent à une distance constante. Les bébés sont trop souvent immobilisés dans des sièges fixes avec de petits objets à manipuler toujours à la même distance de leurs yeux et de leurs mains. Les enfants bougent de moins en moins et sont exposés à des environnements limités. Enfermés dans des boîtes, comme aime à le dire Pierre Rabhi : appartement, transat, voiture, classe… Or, notre corps est fait pour le mouvement, fait pour s’adapter en permanence à un environnement changeant. La nature n’est jamais la même. Sur l’échelle d’un toboggan, les barreaux ont toujours le même écartement. En revanche, grimper sur les branches d’un arbre demande sans cesse des ajustements corporels et visuels. Se retourner, se traîner pour attraper de petits jouets, ramper, tout cela sert l’intégration sensorielle et posturale. Sur un tapis, il y a peu de variété. Sur de l’herbe, il y a tant de choses à regarder, de près, de loin… Ça fait travailler les petits muscles autour des yeux.

Depuis mon enfance, on se moquait de moi parce que je ne me positionnais pas correctement par rapport à la balle au tennis. Après une seule séance d’orthoptie posturale, je ne loupais plus une balle ! Je découvrais à 50 ans que c’était juste parce que mes yeux voyaient la balle à un autre endroit que là où elle était réellement !

Une véritable dyslexie s’exprime par bien d’autres troubles que la convergence oculaire. Par ailleurs, de nombreux enfants ayant un problème de convergence oculaire ne sont pas dyslexiques. Pour les uns comme pour les autres, une visite chez l’orthoptiste peut être d’une grande aide. Méfions- nous des diagnostics trop hâtifs ! //

© Getty images

DU CÔTÉ DE L’ENFANT
« Je n’y arrive pas et pourtant j’essaie fort ! »

Concrètement :

JE TESTE SA CONVERGENCE OCULAIRE

• Je tiens verticalement un stylo à 50 cm de distance et à hauteur de ses yeux.
• J’avance lentement le stylo vers son nez, en lui demandant de continuer de le regarder, même quand il n’est plus qu’à quelques centimètres. Quand le stylo s’approche, un des yeux tarde sur l’autre, commence à bouger vers l’intérieur ou vers l’extérieur…

QU’EST-CE QUE JE FAIS ?

• Je prends rendez-vous avec un orthoptiste pour un bilan. Je privilégie la neuro-orthoptie ou l’orthoptie posturale, ef caces dès la première séance.
• Nous bougeons ! Courir, danser, sauter, grimper dans les arbres…
• Quand il est devant un écran, je demande à l’enfant de faire des exercices réguliers : regarder au loin, regarder l’écran, regarder
au loin…
• Dans la nature, il peut faire l’exercice du pouce : je regarde un arbre au loin ; je place mon pouce à hauteur de mes yeux ; je regarde mon pouce, je vois deux arbres qui l’encadrent ; je regarde l’arbre, je vois deux pouces…

Sources :
http://www.biosycare.com http://www2.cnrs.fr/presse/communique/82.htm http://lpc.univ-amu.fr/IMG/pdf/leibnitz_al-2015-3.pdf Dyslexia, really ? / Is that my child ?
Dr Robin Pauc,Virgin books.
Le Don d’apprendre, Ronald D. Davis, La Méridienne, Desclée de Brouwer
John Stein : https://www.dpag.ox.ac.uk/team/john-stein

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de 17 livres traduits en 18 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au coeur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.

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