| Publié le 25 mars 2020

Éviter le burn-out émotionnel pendant le confinement

Éviter le burn-out émotionnel pendant le confinement

8 min de lecture Voici les précieux conseils de Saverio Tomasella, psychanalyste et docteur en psychologie, pour éviter le burn-out émotionnel en cette période de confinement.

Les implications affectives du confinement sont non seulement complexes et multiples, mais elles s’enchevêtrent et se renforcent, créant une charge affective intense.

Nous sommes dans une situation paradoxale. À peine sortis des très longues grèves de l’hiver, avec l’émergence de la puissante énergie du printemps, nous souhaitons nous lancer irrésistiblement dans de nouvelles activités, notamment à l’extérieur, ou dans de nouveaux projets. Or nous ne pouvons pas le faire…

Les mesures de restriction imposées, aussi justes et nécessaires soient-elles, engendrent des contrariétés et des frustrations. Elles nous empêchent également de déployer certaines de nos idées créatives, de satisfaire nos désirs humains et de faire éclater notre énergie vitale.

À cela s’ajoutent l’anxiété générale, la vigilance vitale, nos préoccupations pour notre santé et nos soucis légitimes pour nos proches. La surcharge affective nous guette, c’est-à-dire l’accumulation potentiellement trop lourde de pensées, d’émotions et de sentiments.

Une charge affective particulièrement intense

En ce moment, chacun de nous fait face à énormément d’informations : sur le virus, la maladie, la pandémie et sa progression, avec son impressionnant nombre de morts qui chaque jour croît de façon exponentielle ; des informations, bonnes ou mauvaises, qui arrivent des amis, de la famille, du voisinage, ou encore du travail, de la banque, de l’école, etc. S’y ajoutent les difficultés économiques qui émergent, en conséquence du confinement, les commerçants silencieux derrière leur masque, les rayons vides des supermarchés

Tant de questions très variées se posent alors à nous avec une très forte charge émotionnelle, principalement la peur pour nous, nos amis, notre famille ; la tristesse aussi, les rudesses de l’enfermement, surtout en ville, encore plus pour les personnes isolées, pour lesquelles la distanciation sociale leur impose de vivre dans un désert humain très douloureux.

D’innombrables questionnements très vifs émergent inévitablement : sur le climat, la nature, la santé, l’immunité, l’alimentation, la solidarité envers les plus démunis… Sans oublier ces proches qui ont besoin de déverser leurs lots d’inquiétudes, nous retenant parfois des heures au téléphone.
Lorsque nous sommes malades ou qu’un proche est malade, nous devons éviter la panique, trouver comment différencier une réelle détresse respiratoire d’essoufflements ponctuels passagers.

Autour de nous, alors que certains fuient les émotions (en banalisant ou en minimisant la gravité de la situation), d’autres semblent avoir besoin d’entretenir les émotions, de les ressasser en dramatisant, exagérant, s’y complaisant parfois par morbidité.
Pendant ce temps, que nous le voulions ou non, nous sommes soumis à la contagion des émotions, une contamination d’un autre ordre, mais tout aussi efficace.

Comment faire le tri et exprimer de façon juste nos émotions réelles ?
Rien de moins facile en ce moment ! Et pourtant, la vie continue autrement et de façon souvent plus humaine qu’avant le confinement, vieux temps du chacun pour soi et de l’activisme frénétique.

De nouvelles solidarités

On note l’apparition de nouvelles formes de solidarité spontanée, qui se manifestent autant par la circulation de recettes de gel hydroalcoolique que d’indications pour se confectionner un masque, ou d’informations pour renforcer son immunité, notamment à partir de plantes, d’huiles essentielles, de mouvements de qi gong ou de yoga. Que ces procédés soient efficaces ou non contre le coronavirus, l’intention des personnes qui nous les communiquent est une preuve de sollicitude à notre égard, avec le souhait de nous aider.

Dans notre entourage, des personnes malades témoignent de leur parcours et de leur guérison : c’est rassurant et encourageant.
Plusieurs initiatives pour développer des méditations communes qui relient de très nombreuses personnes à distance donnent chaud au cœur, que l’on y participe ou pas.
De même que les applaudissements, tous les soirs à 20 h, sur les routes ou les balcons, venant de millions de personnes qui manifestent ainsi leur soutien au personnel soignant.

Retrouvailles et découvertes

Le confinement permet de prendre le temps de se parler. On sort d’anciens jeux de société, on en invente de nouveaux. Des groupes WhatsApp se créent simplement pour communiquer plus facilement.
Même à distance, nous pouvons nous envoyer des ondes positives, de bonnes vibrations, des pensées amicales, de l’affection, etc. Certains sortent leur guitare et renouent avec le plaisir de chanter ensemble.

On a le temps de faire un peu de gymnastique à la maison.
On apprend forcément à supporter les petits défauts des autres, mais on leur découvre aussi des facettes insoupçonnées, ou oubliées du fait des habitudes.
On se met à cuisiner ensemble, à tester de nouvelles recettes.
On a le temps de faire le ménage à fond.
Beaucoup de créativité semble surgir du fond de nos confinements…

Vers une compensation émotionnelle ?

Comme l’équilibriste, nous avons l’impression de marcher sur un fil.
Peut-être pouvons-nous essayer de compenser chaque sentiment douloureux ou émotion difficile que nous venons d’exprimer par une émotion ou un sentiment plus favorables, pour trouver une sorte de balance, et ne pas peser de trop sur nos proches.

Nous pouvons aussi nous décharger en écrivant dans un journal intime tout ce qui nous angoisse, nous pèse ou nous révolte.
Enfin, n’hésitons pas à sortir nos albums photo pour cultiver les bons souvenirs et en parler autour de nous !
Tout cela facilite le retour à l’équilibre émotionnel en favorisant la décharge du trop-plein affectif et l’expression de nos sentiments profonds.

Préparer l’avenir

Alors, une fois le danger éloigné et les peurs estompées, nous allons pouvoir profiter de ce temps de confinement pour élaborer et mettre sur pied un projet qui nous tient à cœur. Oui, c’est le moment d’inventer, de créer quelque chose de complètement nouveau. Il ne s’agit plus d’agir pour nous mettre égoïstement en valeur – nous l’avons tellement fait –, mais d’apporter des innovations qui soient bonnes pour tous, qui profitent à tous.

Il existe des moments clés durant lesquels le cours de notre existence peut prendre une autre direction… Alors, ne manquons pas ce rendez-vous avec nous-même !

Saverio Tomasella.

Psychanalyste, docteur en psychologie, fondateur de l’Observatoire de l’ultrasensibilité et écrivain, Saverio Tomasella a co-écrit, avec Charlotte Wils, un livre sur le burn-out émotionnel : La charge affective (Éditions Larousse, 2020).

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