Hypersensible : faites de votre vulnérabilité un atout

Hypersensible : faites de votre vulnérabilité un atout

Une personne sur cinq est hypersensible. Un trait de personnalité qui peut vous rendre vulnérable, mais aussi vous mener au succès. Comment protéger cette qualité particulière et vous façonner un environnement paisible ? Six conseils d’experts.

Comment créer les circonstances dans lesquelles vos talents particuliers vont pouvoir s’épanouir ? Voici ce que conseillent les experts :

1. Osez innover

La psychologue américaine Elaine Aron, auteure de Ces gens qui ont peur d’avoir peur : Mieux comprendre l’hypersensibilité, était, dans les années quatre-vingt-dix, la première à mentionner “le sens du détail” parmi les caractéristiques types des hypersensibles. Ce que la recherche
a confirmé plus tard. Au jeu des différences, les hypersensibles étaient beaucoup plus rapides et efficaces que les autres. « Ils voient par exemple, en entrant dans une pièce, des détails tels que le panneau de sortie de secours ou savent immédiatement comment rendre un espace plus convivial. », ajoute Elaine Aron. Des caractéristiques bien utiles en cas d’incendie ou si l’on rêve d’être décorateur d’intérieur. « Mais cette faculté de perception accrue a son revers : comme beaucoup d’informations arrivent au cerveau, les décisions peuvent être difficiles à prendre. C’est pourquoi je dis toujours : prenez votre temps pour réfléchir. Dans notre société, la réactivité est une qualité, alors que les hypersensibles sont, au contraire, bons dans l’analyse, la perception des opportunités et des menaces. Mettez ces talents à profit, car une décision peut parfois avoir d’importantes conséquences. »

Un hypersensible peut également se sentir plus critique ou plus exigeant que les autres. « Les hypersensibles le sont effectivement plus souvent, affirme Elaine Aron. C’est une conséquence logique du fait de recevoir plus d’informations. »
Elle conseille de ne pas en concevoir de malaise, mais de considérer au contraire cela comme une force. Selon Aron, les hypersensibles ont en effet un système d’alarme fiable. « Ce qui est bon pour eux s’avère souvent par la suite également bon pour les autres. Prenez les open spaces au bureau, très en vogue. Beaucoup d’hypersensibles ne s’y sentent pas à leur aise, en raison de l’excès de stimuli. Et qu’a démontré la recherche récemment ? Que les gens ont plus de difficultés à se concentrer en open space, qu’ils interrompent plus souvent leur travail et sont, de fait, moins productifs. N’hésitez donc pas et osez affirmer vos besoins, et surtout vos idées, qui peuvent être parfaitement valables et parfois même innovantes. »

2. L’empathie vous fait gagner des points

L’idée selon laquelle les hypersensibles sont souvent plus empathiques a, elle aussi, été démontrée scientifiquement. Lors d’une étude menée par Elaine Aron et son mari Arthur Aron, professeur de psychologie à l’université de New York, des hypersensibles et des non-hypersensibles ont regardé des photos où leur partenaire ainsi que des inconnus présentaient différentes expressions. La conclusion en a été que les premiers avaient une meilleure lecture des visages et vibraient davantage avec les émotions des autres. Cette dernière affirmation a été prouvée par une IRM montrant que, chez eux, le cortex cingulaire et l’insula, les zones cérébrales responsables de la conscience et de l’empathie s’allumaient davantage. Elaine Aron conseille aux hypersensibles d’utiliser plus souvent cette émotivité et cette empathie, notamment dans leur vie professionnelle. « Dans des secteurs comme le marketing et la vente, les émotions sont souvent mal vues.
Mais, en comprenant les besoins et la personnalité des clients, de vos chefs ou collègues, vous avez justement beaucoup à gagner. Par exemple, ma mère était, grâce à son empathie, un très bon agent immobilier : elle savait toujours associer la bonne maison à la bonne personne. Et puis, tout le monde est sensible aux questions bienveillantes que l’on pose sur les enfants, le partenaire, les animaux domestiques… Vous gagnez toujours des points, surtout si vous montrez que vous êtes réellement intéressé. Cela peut ressembler à de la manipulation et la plupart des hypersensibles n’aiment pas ça. Mais si vous le faites dans le but d’améliorer une situation pour autrui, alors il n’y a rien de mal.
»

3. Épanouissez-vous dans la paix et l’harmonie

L’épanouissement d’un hypersensible dépend fortement de son environnement. Il en est donc davantage dépendant qu’un autre.
« Avant, on pensait que, dans un mauvais environnement, un hypersensible courait plus de risques qu’un non-hypersensible de souffrir d’angoisse et de dépression, alors que dans de bonnes conditions, les chances étaient égales, explique la professeure de psychologie Elke van Hoof.
De récentes recherches, notamment menées par notre université, montrent au contraire que dans un environnement favorable, les hypersensibles font même mieux que les autres. Ils sont en meilleure santé, mieux intégrés socialement et affichent de plus belles carrières. Il ressort en outre qu’ils sont plus réceptifs à l’aide sous forme de conversation avec une personne de confiance, telle qu’un coach ou un thérapeute.
C’est ce qui m’a poussée à mener cette recherche : je voyais dans ma pratique – je travaille surtout sur
des problématiques de burn-out – que les hypersensibles utilisaient plus vite les techniques et les intégraient à leur vie. Il y a donc bien deux côtés à la médaille : oui, les hypersensibles sont plus souvent sujets au burn-out et aux troubles liés au stress, mais ils tirent également davantage profit de conditions favorables.
»

Elaine Aron conseille aux hypersensibles de se façonner autant que possible un environnement agréable. « Tout commence par savoir vous reposer à temps, de manière à ne pas être surstimulé. Ménagez-vous aussi des refuges en côtoyant d’autres personnes dans votre cas, à même de vous comprendre. » Au travail, les hypersensibles ont souvent des difficultés avec les échéances urgentes, un chef trop critique ou un espace de travail trop bruyant. « Le mieux est un climat calme et harmonieux où vous pouvez exprimer vos idées et avoir le contrôle de votre temps et de votre environnement. Pour ces raisons, être son propre patron, si c’est possible, est souvent une bonne chose pour les hypersensibles », ajoute Elaine Aron.

4.  Heureusement que vous êtes différent

Beaucoup de personnes hypersensibles passent une grande partie de leur vie à penser que quelque chose cloche chez elles. Elles sont en effet différentes de 80 % des autres.
« Il faut accepter cette différence, affirme Elaine Aron, car on ne peut pas changer ce trait de caractère, il est ancré dans le système nerveux central. Pour l’accepter, il faut vous concentrer sur les côtés positifs : vous saisissez les subtilités, les nuances, vous êtes intuitif, avez un sens aigu de l’esthétique… Pensez également à des situations où votre hypersensibilité vous a permis de réaliser quelque chose de particulier. » « Il est normal de devoir passer par une phase d’acceptation, pas toujours évidente, lorsque vous découvrez que vous êtes hypersensible, ajoute Elaine Aron. Vous ne pourrez pas toujours faire comme les autres, ce qui vous amènera parfois à vous sentir isolé de votre entourage. A contrario, vous ne devez pas utiliser votre hypersensibilité pour imposer vos désirs et exigences à autrui, ce que certains hypersensibles ne manquent malheureusement pas de faire. Les relations doivent être équitables. Cherchez le compromis et adaptez-vous également aux autres. »

5. Marquez fermement vos limites

En tant qu’hypersensible, vous vous sentez rapidement surstimulé, avec pour conséquences une réaction émotionnelle – l’irritation, la colère – ou de la fatigue. « Si vous savez prévenir la surstimulation, vous ne souffrirez pas ou peu des effets négatifs de l’hypersensibilité, affirme Elke van Hoof. Évitez les situations que vous savez difficiles pour vous.
Je ne veux pas dire qu’il faille travailler en dessous de votre niveau, car un hypersensible qui manque de défis peut développer des problèmes liés au stress. Mais reconnaissez vos limites et respectez-les.
» Elaine Aron plaide également en ce sens : « Votre corps vous indique souvent où se trouvent ces limites, par exemple par des maux de tête, des palpitations cardiaques ou de la nervosité. » Et elle ajoute : « Les hypersensibles ont une empathie forte et sont parfois trop impliqués dans les problèmes des autres, ou deviennent trop vite intimes avec des gens qui ne leur correspondent pas. Là aussi, tracez une frontière et faites un pas en arrière. Cela ne marchera peut-être pas immédiatement, vous apprendrez au fil de vos tentatives et de vos erreurs. »

6. N’en faites pas étalage

Faut-il dire aux autres que vous êtes hypersensible ? Elaine Aron le déconseille. « Pour beaucoup d’hypersensibles, savoir enfin pourquoi ils sont différents agit comme un révélateur. Mais n’attendez pas de votre entourage qu’il soit aussi ravi que vous. Dans certains milieux, vous risquez de devenir le mouton noir. Je trouve préférable d’agir de façon plus stratégique. Si les gens louent votre empathie ou votre créativité, dites par exemple que vous avez lu que 20 % des gens étaient ainsi. » Évitez le terme “hypersensible” si vous craignez que les gens froncent les sourcils ou ouvrent de grands yeux incrédules. Pour certains, l’hypersensibilité reste une façon de déguiser un sentiment de supériorité ou une volonté d’attirer l’attention. En situation difficile, vous pouvez parler des circonstances.
« Quand je passe un week-end avec des amis, j’explique que j’ai besoin d’un peu de temps pour moi-même, explique Elaine Aron, que je suis de meilleure compagnie si j’ai l’esprit tranquille. Je le fais de manière à ce que les autres ne se sentent pas rejetés. Je rappelle éventuellement, avec tact et modestie, quelles sont les qualités des hypersensibles. Car l’hypersensibilité est un package. »

Texte : Sarina Wijnen // Photos : Eric Van den Elsen

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