J’ai beau le punir… rien n’y fait !

J’ai beau le punir… rien n’y fait !

6 min de lecture Il ne fait pas ses devoirs. C’est le chaos dans sa chambre. Elle humilie et tape son petit-frère... Nous tentons de mettre à notre enfant des limites, nous punissons chaque transgression, mais peine perdue, il recommence ! On croirait même parfois qu’il cherche la punition !

La grande majorité des adultes sont convaincus que les punitions sont nécessaires et peuvent être justes, à la maison comme à l’école. Et lorsqu’on souligne leur inefficacité, la réaction la plus fréquente est « Alors, on lui laisse faire n’importe quoi ? » Comme si punir était la seule réponse possible à un comportement inadapté. Même les enfants pensent qu’ils le méritent parfois, tant le concept est intégré dans notre culture. Pourtant, l’inutilité des punitions est patente : « Mon ls est infernal, je le punis régulièrement. » Cette maman a tout essayé, fessées, privation de télé, d’ordinateur, de sorties, mise au coin… sans jamais réaliser que si elle doit y avoir régulièrement recours, c’est que la punition se montre inefficace à enseigner le respect de la règle. Et s’il était infernal justement parce qu’il est souvent puni ? Croyant que l’enfant va ainsi intégrer qu’il a fait une faute, le parent fronce les sourcils, manifeste sa désapprobation, et l’enfant se sent mal. La peur et la honte n’éduquent pas. Les mises au coin et autres exclusions aggravent les problèmes qu’elles espèrent résoudre.

Nous punissons par automatisme, pour reprendre du pouvoir sur la situation, parfois malgré nous. Quand nous culpabilisons, nous montrons une sensibilité naturelle et saine à la qualité du lien et au maintien de l’attachement.

Les humains sont une espèce sociale et l’attachement est un besoin primaire. La rupture d’attachement engendre un stress important.

La punition altère la relation et abîme la confiance de l’enfant.
La psychologue Aletha Solter le rappelle : « C’est quand un enfant paraît mériter le moins l’amour qu’il en a le plus besoin. » C’est notre rôle d’adultes que de l’éduquer, de l’accompagner dans la résolution de ses dif cultés, plutôt que d’aggraver ses soucis en rompant le lien encore davantage et en l’isolant. En Suède, les enseignants ouvrent des yeux ronds quand on évoque l’idée de punir un élève.
Au Danemark, ni parents ni professeurs ne comprennent à quel moment ils pourraient donner une punition, ni pourquoi. Dans ces pays réputés les plus heureux, où les enfants obtiennent les meilleures notes au monde, l’idée même de punition est obsolète. Chez nous, face aux comportements “débordants”, on entend de tous côtés : « Il faut mettre des limites. » Ce que la plupart traduisent par “punir”. C’est notre modèle. Après tout, les amendes ont permis de réduire la vitesse des conducteurs ! Même si nous savons que dès que le gendarme a le dos tourné, nombre d’entre nous appuient sur le champignon ou se garent n’importe où sans complexe.

Car les punitions déresponsabilisent. Si je suis puni pour avoir frappé un copain par exemple, je “paye” ma dette et je me sens exonéré. Avec en sus un désir de vengeance plus ou moins fort à l’égard de ma victime, celle qui m’a fait punir !

Et je reste aux prises avec mes pulsions agressives, avec ma rage, avec mes peurs et ma honte… toujours aussi démuni et impuissant. J’ai eu la chance de ne jamais être punie, sauf une fois à l’école. J’en ai été ravie ! Je découvrais l’excitation et le plaisir de la “retenue”. Sous les yeux sévères de l’enseignant, nous faisions mine contrite pour pouffer de rire dès qu’il tournait le dos.

Je faisais enfin partie du groupe. Je me sentais intégrée. Très tôt, j’ai pu mesurer combien une attitude punitive de l’adulte non seulement ne rendait pas l’enfant responsable, mais l’incitait aux débordements. Les punitions enseignent la peur d’être pris, l’excitation du dé , la défiance envers l’adulte. Et si nous essayions l’empathie ? //

DU CÔTÉ DE L’ENFANT
« Quand tu me punis sans même savoir ce qui s’est passé pour moi, je suis dégoûté. »

© Getty images

Concrètement :

COMMENT COMPRENDRE SON COMPORTEMENT ?

• Il s’ennuie ? Il a honte ? Il a peur ? Quel est son souci ?
• Ai-je été disponible pour lui aujourd’hui ? Lui ai-je fourni ne serait-ce que cinq minutes d’attention totale pour remplir son réservoir d’amour ?
• Et son autre parent ?
• Est-il sous contrainte donc sous stress ?
• Comment se passent ses relations avec les autres jeunes ?

QU’EST-CE QUE JE FAIS ?

• Je considère le comportement inapproprié comme un symptôme de stress et je prends l’enfant ou l’ado dans les bras parce que le contact affectueux diminue le stress dans son cerveau.
• Je décris le plus précisément possible et d’un ton neutre ce que je vois et entends (pour éviter de juger).
• Je cherche à identifier avec l’enfant ce qui se passe pour lui qui motive ses débordements.
• J’encourage les comportements constructifs : quand je le surprends à faire œuvre utile, je décris d’un ton neutre ce qu’il vient de faire en soulignant ce que cela apporte à la communauté.

Sources :
Film Si j’aurais su, je serais né en Suède, de Marion Cuers Aimer nos enfants inconditionnellement, Alfie Kohn, Éditions l’Instant présent, 2014

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de 17 livres traduits en 18 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au coeur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.

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