| Publié le 9 octobre 2020

La fierté selon Didier van Cauwelaert

La fierté selon Didier van Cauwelaert

3 min de lecture L’écrivain Didier van Cauwelaert nous parle d'une émotion très personnelle : la fierté.

Je revendique la fierté de l’artisan. Je l’ai polie, j’y ai passé des heures et des heures, et tout à coup, une phrase bien faite ! La fierté est un carburant. Moi, je n’ai pas d’ego, j’ai besoin d’efficacité. Cela me procure une grande joie. Parfois, je suis fier de quelque chose alors que je n’y suis pas pour grand-chose. D’habitude, il me faut deux jours de relecture pour arriver à une telle phrase, et là, d’un coup… Bon, c’est rarissime ! En revanche, je ne vais pas être fier du prix de l’Académie ou du prix Goncourt ; là, c’est de gratitude qu’il s’agit. La fierté, c’est aussi quand j’ai été là où il fallait pour quelqu’un et que le destin de la personne en a été changé. Je raconte souvent cette histoire : un jour, un gamin est venu me voir au Salon du livre de Nice. Il attendait que les autres soient partis. C’était la fin de la journée, j’étais pressé de rentrer à l’hôtel. Il me présente un livre de poche d’un air hésitant et finit par me dire : « Il faut que je vous fasse une confidence : en fait, ce livre je ne l’ai pas acheté, je l’ai piqué. » Il avait commencé à le lire, puis avait collé un chewing-gum sur le code-barres pour pouvoir repartir avec ! Je me suis senti flatté ! J’appelle alors la libraire et j’offre au gamin mon livre qui venait de sortir. Il ne comprenait pas : « Je vous raconte que j’ai volé un livre et vous m’en offrez un ? » Eh bien, ce gars est revenu toutes les années, et c’est devenu un copain. Ce gamin de 18 ans des quartiers nord de Nice, qui aurait pu mal tourner, a eu ce jour-là un électrochoc : un écrivain de Paris qui vient, qui noue le contact, et qui en plus fait ce geste-là ! Il est venu me présenter sa femme, puis leur bébé. Il est maintenant directeur d’une école spécialisée. Là, oui, je suis fier ! Cette fierté qui est une sorte de gratitude, car au fond je me suis fait plaisir. La bienveillance est un plaisir solitaire.

Photo : Marine Brusson – Propos recueillis par Sophie Behr

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