| Publié le 7 décembre 2021

La peur selon Mai Hua

La peur selon Mai Hua

3 min de lecture Ne pas chercher à atteindre un objectif quelconque mais vivre, tout simplement, en se laissant porter par des rencontres, des envies, des interrogations... La philosophie de Mai Hua est profondément ancrée dans le moment présent. C’est d’ailleurs en filmant sa grand-mère sans but précis que lui est venue l’idée de son documentaire Les Rivières. Ce film intime et poignant met en lumière les enjeux transgénérationnels de la mémoire familiale. Elle nous parle ici du sentiment de peur qui l'a toujours accompagné et qu'elle a apprivoisé.

Au départ, mes peurs sont toujours très inconscientes. Ce qui est pratique, c’est que dès qu’elles sont conscientisées, la plupart d’entre elles s’évanouissent. Je crois que j’ai eu peur de tout, mais sans le savoir. Au contraire, plus jeune, je me voyais comme une bête de concours, quelqu’un qui fonce, qui n’a pas peur de claquer sa démission, ni de partir à 17 ans plusieurs mois en voyage avec son sac à dos. C’est en vieillissant que j’ai rencontré mes peurs. J’ai eu peur de déplaire, de ne pas avoir de place, cette peur reste d’ailleurs encore très forte chez moi. À l’inverse, j’ai aussi eu peur de briller, de prendre trop de place (quand on me reprochait par exemple de rire de manière tonitruante). J’ai eu peur des hommes, j’ai eu peur des femmes, peur d’être une femme… J’ai eu peur de mes enfants aussi, de ne pas leur plaire. C’était, encore une fois, très inconscient mais en cheminant je me suis aperçue que mes comportements révélaient ces failles. J’ai initié beaucoup d’expériences depuis quatre-cinq ans qui m’ont permis d’apprendre à avoir peur. Comprendre que certaines douleurs ont pu générer de grandes tristesses fait très peur, surtout si vous vous êtes toujours présenté sous le masque de la joie car, du coup, votre personnage tombe en morceaux. Quand on met le doigt sur la fissure pour la première fois, on a l’impression qu’on va mourir avec cette fissure car l’image que nous avions de nous s’effondre. C’est pourquoi je crois qu’il ne faut pas hésiter à aller à la rencontre de nos peurs, car nombreuses sont celles que l’on dépasse juste en les nommant, c’est presque de la magie ! Les retraites et autres rites de passage peuvent nous aider à nous y confronter. Et il y a d’autres sortes de peurs qui ne partent jamais tout à fait mais que l’on apprend à traverser. Le fait de comprendre qu’elles ne sont que des écrans, des illusions, nous permet d’avancer avec elles.

/Interview complète à retrouver dans notre numéro 38/

Propos recueillis par Iris Cazaubon – Photo : Rémi Chapeaublanc

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