| Publié le 31 mai 2021

L’activité d’un cerveau sensible au repos

L’activité d’un cerveau sensible au repos

5 min de lecture Une étude récente met en lumière la façon dont les personnes très sensibles traitent les informations. Au repos, après avoir vécu un événement qui les implique émotionnellement, on observe une activité cérébrale en profondeur du traitement des informations. La profondeur de traitement est une caractéristique clé de la haute sensibilité. Elle correspond à un sentiment de surcharge, puis de saturation.

par Saverio Tomasella, PhD.

Ce sentiment nous donne un aperçu de ce que peut être la vie ordinaire des personnes caractérisées par une Sensibilité du Traitement Sensoriel (STS ; SPS en anglais), un trait biologique que possède environ un tiers de la population, soit environ 1,4 milliard de personnes sur la planète. Dans un monde où la surcharge d’informations et le stress sont permanents, cette caractéristique peut se traduire par divers comportements, allant des explosions émotionnelles au repli sur soi, en passant par l’accablement et la procrastination.

« Sur le plan comportemental, nous observons que les gens sont plus prudents lorsqu’ils abordent de nouvelles choses », explique Bianca Acevedo, chercheuse au département des sciences psychologiques et cérébrales de l’Université Santa Barbara (Californie).

Dans une situation nouvelle, les personnes présentant ce trait sont plus susceptibles de rester en retrait et de voir ce qui se passe. De ce fait, une personne très sensible est plus réactive, pour le meilleur et pour le pire. Elle peut être plus déstabilisée par des situations inconfortables, elle peut aussi faire preuve d’une plus grande créativité, tisser des liens plus profonds avec les autres et apprécier davantage l’art ou la beauté.

Le mécanisme à l’origine de ces hauts et ces bas, et de cette prudence accrue, réside dans la manière approfondie dont le cerveau des personnes très sensibles traite les informations. « L’une des nouvelles avancées de cette recherche est que, dans la plupart des études précédentes d’imagerie cérébrale sur la sensibilité, nous avions tendance à examiner les réponses aux stimuli », précise Bianca Acevedo. « Dans cette étude, nous avons simplement examiné ce que fait le cerveau au repos et comment le fait d’être sensible l’affecte. »

Parmi les signaux les plus clairs chez les participants qui présentaient des niveaux élevés de STS figurait une plus grande connectivité entre le précuneus[1] et l’hippocampe, un circuit impliqué dans la consolidation de la mémoire épisodique et la récupération de la mémoire spontanée. Le renforcement de la mémoire est donc important pour préparer un individu à des situations similaires futures et l’aider à y répondre.

Parallèlement, des connexions plus faibles ont été constatées entre la substance grise périaqueducale[2] et l’amygdale, une région importante pour la modulation de la douleur et de l’anxiété, ainsi qu’entre l’insula et l’hippocampe, un circuit considéré comme important pour le traitement des émotions et la régulation du stress. Ces connexions moins nettes pourraient être la raison pour laquelle les personnes sensibles signalent une surstimulation et une plus grande anxiété. Cela implique une nécessité d’inventer des réponses au cas par cas, plutôt que d’utiliser les réactions habituelles et automatisées généralement déclenchées par des événements stressants.

Alors comment alléger cette tension et les difficultés de concentration qui en découlent, que vous vous considériez ou non comme une personne hautement sensible ? Une pause de quelques minutes, sans rien faire du tout, simplement pour se détendre peut être bénéfique. Bianca Acevedo et son équipe l’ont constaté autant au niveau des comportements que de l’activité cérébrale.

Texte : Saverio Tomasella – Photo : Unsplash

Sources:
-“The Sensitive Brain at Rest”, Neuroscience News, 2021.
– “Sensory Processing Sensitivity Predicts Individual Differences in Resting-State Functional Connectivity Associated with Depth of Processing” by Bianca Acevedo et al., Neuropsychobiology, 2021, 80:185–199; doi.org/10.1159/000513527.


[1] Le précuneus est une zone de la face interne du lobe pariétal du cortex cérébral, limité en avant par le sillon calloso-marginal et en arrière par le sillon pariéto-occipital.

[2] La substance grise périaqueducale désigne un ensemble de neurones formant une masse de substance grise localisée autour de l’aqueduc cérébral au sein du mésencéphale. Elle joue un rôle important dans la douleur et les comportements de défense.

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