Le plaisir selon Thierry Marx

Le plaisir selon Thierry Marx

J’aime le silence. J’ai beaucoup souffert, et je souffre encore, de la pollution par le bruit, que je fuis. Le silence, c’est un vrai moment de plaisir. C’est un luxe et aussi une détente. Je me méfie parfois du plaisir de la rencontre qui peut être éphémère alors que le plaisir du silence ou de la méditation, celui de regarder le jour se lever ou tout simplement de prendre le temps offre des sensations de plénitude. Dans ces moments, il n’y a pas un acte fort ni le besoin d’affirmer des choses, mais une relation avec la nature qui procure du plaisir.

Sinon, j’aime le mauvais café ! Tout le monde me prête des affinités avec le thé, mais j’ai été élevé au mauvais café, vraiment mauvais. Le café de ma grand-mère restait des heures sur le poêle à charbon ; ma mère faisait des litres et des litres de café ; pendant mon apprentissage en pâtisserie, on buvait du café noir qui traînait dans une cafetière ; à l’armée ensuite, j’ai bu d’infâmes gamelles de “noir”… Mais ces arômes du café fort me rappellent d’où je viens, d’une extraction ouvrière dont je suis assez fier. Quant au silence, je n’y avais pas forcément accès enfant. J’habitais dans ce que l’on appelait des “barres”. On entendait jour et nuit les voisins et la rue. Plus tard, j’ai subi des traumatismes sonores divers. Alors, j’éprouve du plaisir dans le silence, dans l’apaisement, en buvant une tasse de café, dans cette impression de fraîcheur, avec la sensation d’avoir presque froid, même en été. Mon corps ressent alors la nature et celle-ci me rend vivant. Et me sentir vivant me procure un plaisir inouï. C’est plus facile pour moi maintenant que cela ne l’était il y a trente ans. À l’époque, j’étais plus dans le fighting spirit et la revanche que dans cet apaisement que j’ai appris à chercher aujourd’hui grâce aussi à de belles rencontres.

Le silence est un luxe que je suis allé rechercher à une époque de ma vie, au milieu des années 1980, dans les églises, où personne ne venait m’importuner, avec cette fraîcheur apaisante, ces odeurs. C’est différent avec les plaisirs partagés. Je pense à la dégustation, à l’épicurisme qui procure le plaisir du jeu de textures et de températures. D’une huile d’olive à juste température, d’une herbe fraîche sentie et goûtée… Le beau et le luxe sont des plaisirs, car le luxe, c’est de la lumière sur le beau. Une très belle charpente fabriquée par un artisan peut m’apporter du plaisir. Mais j’en reviens toujours au silence, car c’est lui qui me fait apprécier ces autres plaisirs. C’est un travail quotidien, qui s’entretient et qui doit être mis en pratique chaque jour.

Photo : Isabelle Nègre

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