Mon enfant a des TOC

Mon enfant a des TOC

Elle craint la contamination par des microbes. Il fait tout en multiples de deux. Elle impose des rituels à toute la famille. Il doit faire les choses dans un certain ordre sous peine d’angoisses terribles... Les TOC sont plus fréquents qu’on ne le croit, pas forcément graves, mais à prendre au sérieux.

Un trouble obsessionnel compulsif (TOC) se manifeste par des craintes démesurées et un comportement répétitif et compulsif. Même s’il
sait son comportement irrationnel, l’enfant n’arrive pas à se retenir.
S’il est empêché de faire ce que lui demande son TOC, la panique le submerge. Démunis face à l’intensité de ce trouble, les parents oscillent entre satisfaire ses demandes et tenter de lui poser des limites… sans succès. Dès l’âge de 4 ans, les TOC concernent 1 à 5 % des enfants selon les pays, ce pourcentage ayant tendance à augmenter. Si on a longtemps cru à une névrose, à un problème “psychologique”, on confondait en fait la cause et la conséquence ! Aujourd’hui, les scientifiques évoquent des causes multifactorielles : génétique (terrain), streptocoques, déficit de sérotonine et retard de croissance de certaines parties du cerveau.

Le stress, la pollution chimique et hormonale perturbent la flore intestinale, donc la sécrétion de sérotonine, produite à 95 % dans les intestins, et provoque une inflammation dans une partie du cerveau. Les parents évoquent souvent un événement stressant au début des rituels. Mais ce n’est que le déclencheur, pas la cause. En tout cas, ce n’est pas la seule cause. Quand le début des bizarreries est soudain, associé à des tics, l’hypothèse d’une infection aux streptocoques peut être explorée en priorité (on parle alors de TOC PANDAS). Auquel cas les antibiotiques peuvent rendre à l’enfant la maîtrise de son cerveau.

Sinon, que se passe-t-il sous son crâne ? L’imagerie cérébrale montre quatre zones hyperactives : le cortex orbital, le noyau caudé, le gyrus cingulaire et le thalamus. Le TOC, c’est un circuit qui s’emballe sans trouver le bouton STOP. Des pensées inquiètes nous traversent tous de temps à autre, mais quand on est atteint d’un TOC, elles restent et deviennent obsessions. Nombre d’enfants traversent sans séquelles une période de TOC et de tics pendant leur croissance, quand ces quatre zones s’activent davantage. Mais quand un TOC s’installe, l’enfant a besoin de nous pour sortir de cette prison. Il ne cherche pas à nous contrôler, ce n’est pas lui qui “veut” faire ceci ou cela, mais son TOC. De l’extérieur, il nous paraît simple de stopper ces excentricités. Mais son anxiété est majeure. Ses obsessions sont des pensées involontaires qui déclenchent accélération cardiaque, sueurs… Dès qu’il accomplit son rituel, il est soulagé et se sent en sécurité. Hélas, la pensée revient et l’angoisse. Ses évitements ou ses gestes répétitifs nous semblent déraisonnables, mais l’enfant est au contraire très responsable. Vu de sa fenêtre, il fait cela pour protéger la famille d’un désastre. Au cas où. Le problème n’est pas tant son comportement compulsif que les peurs qu’il tente ainsi de juguler. Certes, ses compulsions sont exaspérantes pour l’entourage, mais l’enfant a besoin de soutien et de compassion pour s’en libérer. //

© Getty images

CE QUE VIT L’ENFANT

« Et s’il y a des microbes ?… Je vais tomber malade… peut-être mourir… Il faut que j’évite les microbes… Si je me lave les mains, je me sens mieux… Et si j’avais mal lavé ? C’est ridicule, je suis nul, mais si c’était vrai ? Vite, je dois tout refaire depuis le début. »

Concrètement :

POUR SON CERVEAU :

• Huile de colza, de lin, noix, maquereau, saumon, avocat, beurre de cacahuète… De bonnes graisses pour la myéline.
• Pour la sérotonine : chocolat noir, œufs, oléagineux, bananes…
• Réduire ou éradiquer additifs alimentaires, sucres blancs (même cachés dans les produits industriels), édulcorants et farines raf nées.
• Attention aux produits chimiques susceptibles de stresser le cerveau dans l’environnement de l’enfant : savon, cosmétiques, produits ménagers…
• Tout ce qui stimule la coordination des yeux, des bras et des jambes… Faire des mouvements croisés gauche/droite. Se brosser les dents de la main gauche. Grimper aux arbres, il n’y a rien de mieux !
• Quelques séances de neurofeedback (méthode d’apprentissage pour entraîner le cerveau à réguler son activité) comme le Neuroptimal.

POUR L’AIDER À SE LIBÉRER :

On peut dire à l’enfant :
• Le TOC, c’est comme un petit bug, c’est une erreur système qui lance de fausses alertes dans ton cerveau.
• Tu peux lui donner un nom pour mieux le repérer quand il te parle à l’intérieur et lui dire STOP. Tu peux devenir plus fort que ton TOC.
• Tu veux éviter un drame. Mais le vrai drame, c’est que tu perds ta liberté.
• Ton TOC te fait croire que tu seras moins angoissé si tu fais ceci ou cela. Mais à la place, tu peux respirer lentement pour calmer ton angoisse.
• Je suis à tes côtés, on va réparer ce bug dans ton cerveau.

Sources :
Dr Robin Pauc, Is that my child ? A Parents Guide to Dyspraxia, Dyslexia, ADD, ADHD, OCD and Tourette’s Syndrome of Childhood. Virgin Books Ltd
Dr Schwartz, Jeffrey, M., Brain lock, Free yourself from Obsessive Compulsive Behavior. ReganBooks
Dr CHANSKY, Tamar, E., Freeing your child from Obsessive Compulsive Disorder, Three Rivers Press http://www.ocdhope.com/2014/03/the-chemistry-of-obsession/ https://www.adnf.org/liens_neurofeedback.htm

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de 17 livres traduits en 18 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au coeur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.

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