| Publié le 31 mars 2019

Mon enfant ne fait pas ses nuits

Mon enfant ne fait pas ses nuits

7 min de lecture « Oh ! Comme il est mignon. Il fait ses nuits ? » Comment répondre que bébé nous réveille cinq fois par nuit. On culpabilise, on se dit qu’on n’est pas un bon parent, qu’on ne sait pas faire en sorte qu’il s’endorme paisiblement… Et si ses réveils fréquents étaient naturels ?

Fait-il ses nuits ? La question nous est posée d’un air inquiet et vaguement réprobateur, non seulement par l’entourage proche, mais par la moindre personne croisée dans la rue !

Certes, se réveiller toutes les deux heures est fatigant pour les parents, mais l’interrogation semble soulever autre chose que de l’empathie. Parler du sommeil des bébés, c’est comme parler religion ou politique, chacun a son idée sur la question et pense détenir la vérité. Il est vrai qu’à ce jour, peu de recherches scientifiques ont été menées. Mais suffisamment tout de même pour clarifier quelques notions et rassurer les parents. Tout d’abord, il s’avère que les horaires de sommeil, et donc les attentes des parents, sont hautement culturels. Sur le plan de la durée, on constate jusqu’à quatre heures d’écart entre les pays. En Hollande, on s’attend à ce qu’un bébé dorme deux heures de plus qu’un nourrisson américain et quatre heures de plus par jour qu’au Kenya.

L’heure “normale” du coucher des enfants anglais se situe entre 19 h et 19 h 30. Les Français couchent leurs bébés à 20 h et les Argentins à 22 h ! Les rythmes de chaque individu étant spécifiques, dans chaque pays, un certain nombre de bébés entrent dans les attentes parentales et les autres non. Il est facile de conclure à un trouble du sommeil quand les tableaux établissant les normes sont à ce point peu consensuels (de plus, ils n’indiquent que des moyennes, ce que les parents ont tendance à oublier). Une enquête  a montré que 18,7 % des enfants de moins de 1 an dorment toute la nuit. Ce qui signifie que 81,3 % se réveillent plus ou moins souvent ! Ce n’est qu’à partir de 4 ans qu’un enfant ne se réveille plus la nuit.

Un nourrisson ne fait pas la différence entre le jour et la nuit.

Il dort par petites séquences tout au long des 24 heures et se réveille fréquemment pour se nourrir. Son estomac étant tout petit, il lui faut le remplir souvent (20 ml à la naissance pour un bébé né à terme) pour maintenir le taux de sucre dans le sang. Les scientifiques ont conclu à une durée d’une heure entre deux tétées. Des volumes de lait plus importants donnés à de plus longs intervalles pourraient être à l’origine de reflux et d’hypoglycémie. Une heure, c’est d’ailleurs la durée d’un cycle naturel de sommeil à cet âge.

Le train de sommeil d’un tout-petit ne comporte que deux wagons : une phase de sommeil dit actif, aux ondes rapides, et une phase de sommeil calme à ondes lentes. Des microréveils ponctuent la fin de chaque cycle (de six à dix par nuit pour un adulte). Si un adulte se rendort sans s’en rendre compte, un nourrisson est biologiquement programmé pour s’éveiller, se nourrir et s’assurer de sa sécurité : la proximité de sa mère.

Si bébé a des horaires réguliers à 7 mois, c’est probablement par hasard. Pas de panique s’il se désynchronise à 8 mois, il ne régresse pas, mais progresse ! Le rythme jour/nuit dépend de la maturation dans le cerveau jusqu’à 9 mois, du noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus. Situé au-dessus du chiasma optique, il reçoit les informations lumineuses et se synchronise. Sans cela, comme l’ont montré les expériences sous terre, le rythme interne des humains est de 25 heures par jour et non de 24 heures. Un bébé qu’on isole dans le noir pour sa sieste risque de s’y maintenir. Chaque jour, son endormissement se décalera d’une heure !

De plus, chacun a son propre rythme.

Il y a toutes les variantes entre les couche-tôt/lève-tôt et les couche-tard/lève-tard. Nombre de soi-disant difficultés de sommeil sont en réalité des problèmes de synchronisation entre le sommeil de l’enfant et les horaires des parents. Quelle épreuve pour tous si les parents tentent de coucher bébé à 20 h alors que son horloge biologique demande un endormissement à 19 h ou 21 h ! //

CE QUE VIT L’ENFANT

Ce n’est pas ma faute ! Je m’endors et me réveille quand mon cerveau l’ordonne. J’ai besoin de me sentir en sécurité pour dormir tranquillement.

Dort-il suffisamment ?

  • Observez et notez le nombre d’heures exact.
  • Regardez l’enfant plutôt que les tableaux statistiques. Est-il somnolent, agité ? S’il se développe correctement, il dort probablement son comptant.
  • Il est irritable en fin de journée et se réveille très tôt ? C’est un couche-tôt/lève-tôt. Testez un coucher vers 19 h, voire avant.
  • Il n’a pas sommeil à 20 h et son réveil le lendemain matin est difficile ? C’est un couche-tard/lève-tard. Décalez son coucher et laissez-le dormir le matin !
  • Vos horaires sont incompatibles avec les siens ? Vous pouvez commencer par le coucher seulement 10 minutes plus tôt (ou plus tard) que son horaire biologique pour vous approcher progressivement du vôtre.

Que faire pour qu’il dorme mieux ?

  • Vérifiez ! Il dort peut-être déjà très bien pour son âge !
  • Évitez toute séparation entre la mère et le nouveau-né. L’odeur de la maman sécurise. En cas d’absence de la maman, prévoyez un tee-shirt imprégné de son odeur à mettre sous sa tête.
  • Allaitez-le au sein : le lait maternel contient du L-tryptophane, un acide aminé qui facilite l’endormissement et le sein demande plus d’énergie que le biberon.
  • Le taux d’échec de la méthode « rester ferme, laisser pleurer » est de 90 %. Quand un enfant est stressé, a peur, son système d’alerte et de vigilance s’active… Ce n’est qu’exténué de fatigue qu’il s’endort. Il n’a donc pas “appris” à dormir.
Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de plus de 20 livres traduits en 19 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au cœur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.
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