| Publié le 8 août 2018

Mon enfant sort du coin en rigolant

Mon enfant sort du coin en rigolant

7 min de lecture Ludovic a fait une bêtise, vous l’envoyez au coin en fronçant les sourcils. Il y va… mais revient vers vous le sourire aux lèvres. Plus on punit Leila, plus elle rigole, et en vous regardant dans les yeux ! Les enfants se moquent-ils de nous ?

Nous pensions avoir le dessus sur lui. Pourtant, qu’il se soit docilement dirigé vers le coin quand nous le lui avons indiqué ou que nous l’y ayons traîné alors qu’il se cabrait en nous suppliant, à peine l’avons-nous laissé dans la zone dédiée à sa pénitence qu’il revient vers nous en arborant son plus beau sourire. La tentation est grande de voir dans ce comportement une insulte à notre autorité. Nous nous attendions à ce que l’enfant prenne un air penaud et se sente mal une fois au coin. Comment interpréter ce sourire sinon comme de l’ironie, voire de l’insolence ?

Le piquet, le coin, la mise à l’écart, le « file dans ta chambre ! » ont été utilisés comme punition pendant des lustres. Ces méthodes jouaient sur l’humiliation autant que sur l’exclusion, l’objectif étant de générer de la honte dans l’espoir que cela amènerait l’enfant à améliorer son comportement. En réalité, leur seule efficacité résidait dans le sentiment de contrôle et de pouvoir sur l’enfant. Une étude sur des petits de 2 à 4 ans a démontré que seulement la moitié d’entre eux pouvaient dire pourquoi ils étaient en retrait. Quand un petit enfant est envoyé au coin, il est tout à fait incapable de “penser à ce qu’il a fait”.

En France, le piquet a été interdit à l’école par un arrêté de janvier 1887… Toutefois, la pratique du retrait ou time out est encore répandue.
Issu des théories behavioristes, le concept du time out a été pensé et popularisé dans les années 1970, non comme une punition, mais comme une aide proposée à l’enfant surexcité et sous stress. Ce n’est ni une chaise, ni un coin, ni un temps spécifique, rappelle le professeur de pédiatrie Edward Christophersen. Inutile de crier ou frapper l’enfant : lui retirer pendant quelques secondes ce qui est le plus important au monde pour lui, notre attention, suffit à le stopper. On recommande de ne jamais pratiquer le retrait avant 3 ans, plus après 6 ans, et de commencer par deux ou trois secondes. On peut ensuite augmenter peu à peu jusqu’à une minute par année d’âge.

 

 

Et pourtant, nombre de parents, et même de psychologues et de pédiatres peu informés, insistent pour qu’un enfant de 3 ans reste trois minutes au coin, voire ramènent l’enfant au coin pour quatre minutes s’il l’a quitté alors qu’il ne restait que 40 secondes.
Mais il s’agit d’un maximum tolérable, non d’une règle qui stipulerait que ce serait le temps nécessaire à un enfant pour comprendre sa faute !

En Australie, pour mettre un terme aux dérives, une loi va être promulguée en 2018 afin qu’un éducateur envoyant un enfant qui fait une crise de rage en time out encoure une amende. En effet, nous savons aujourd’hui combien le retrait peut être délétère. Sur les images filmées par l’IRM fonctionnelle du Pr Eisenberg, on peut voir la zone de la douleur s’activer dans le cerveau de l’enfant en réponse à un rejet social (quelqu’un refuse de jouer avec moi). L’attachement à ses parents est vital pour un tout-petit. Quand le parent le rejette, cela déclenche chez lui un stress intense.

Dans une expérience devenue célèbre, le Dr Edward Tronick montre combien le simple fait de maintenir un visage impassible déclenche rapidement chez l’enfant toute une gamme de comportements visant à réduire sa détresse et à rétablir l’attachement, parmi lesquels le sourire ! L’enfant souffre de la distance du parent. D’ordinaire, ce dernier lui sourit quand il sourit, alors il tente sa chance ! Le sourire, voire le rire, de l’enfant sortant du coin est un comportement biologique inné de rattachement. Si l’enfant ne parvient pas à retrouver la communication avec son parent, il se désorganise et s’effondre littéralement, perdant son tonus musculaire.

L’amour n’est pas une récompense, c’est du carburant. L’enfant a besoin de l’adulte pour l’aider à calmer les circuits suractivés de son cerveau
et être capable de maîtriser ses comportements.

CE QUE VIT L’ENFANT

´Je veux pas que tu sois fâché papa, maman… reviens ! »

Concrètement

Que faire quand il sort du coin en souriant ?

• Fournir à l’enfant la réponse dont il a besoin : sourire, ouvrir les bras.

• Lui dire que ce n’était pas notre intention de le blesser et expliquer avec une voix douce ce qui s’est passé pour nous.

Comment faire autrement ?

• Plutôt qu’un time out, proposons un time in. Oui, l’enfant peut avoir besoin d’un coin calme pour se recomposer. Nous pouvons nous y asseoir avec lui, le câliner, lui parler, tissant alors les connexions nerveuses qui non seulement lui permettront de se calmer cette fois-ci, mais seront disponibles pour lui par la suite.

• Pour aider un enfant à stopper un comportement inapproprié quand il est surexcité, nous pouvons lui retirer notre attention, mais quelques secondes seulement, juste le temps qu’il parvienne à s’arrêter et à nous regarder. Revenant alors dans le lien, nous pouvons rediriger son comportement.

Identifier ce qui a pu se passer et le décrire à l’enfant : « Il y avait trop de bruit, ça te faisait mal à la tête, alors tu t’es caché sous la table, tes mains sur tes oreilles. Quand ta sœur t’a touché, ta bouche l’a mordue et ça lui a fait mal. Une prochaine fois, quand tu sens qu’il y a trop de bruit autour de toi, viens me voir pour que je t’aide. »

Sources :
• Children’s Mercy Hospital à Kansas City – www.parents.com/toddlers-preschoolers/discipline/time-out/why-time-out-is-out/
• www.naturalchild.org/research/australia_time-out_ban.htmlu
• Eisenberger, N.I., Lieberman, M.D., & Williams, K.D., “Does rejection hurt: An fMRI study of social exclusion”, Science, 2003.
• Edward Tronick, The still face experiment, disponible sur YouTube.

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de 20 livres traduits en 19 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au cœur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.

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