Psychologie Positive n°38

Alléger sa vie

« Fais tes valises, chéri ! »

Comme cette phrase semble incongrue, réplique d’un autre temps… un temps où nous pouvions faire fi des frontières et nous envoler, le coeur léger et le bagage mince.

Pourtant, avouons-le-nous, nos jolies valises couleur azur restaient souvent bien sagement au placard, écrasées sous d’autres valises : celles de nos obligations. Des obligations que nous nous imposons souvent par excès d’autodiscipline, érigée en valeur phare dans notre société. Or, notre journaliste l’a constaté, en nous dépouillant intentionnellement de certaines d’entre elles, la vie n’en est que plus légère ! Pour autant, déposer nos valises et nous délester n’est pas chose aisée… Il est d’autres valises que l’on ouvre avec plus ou moins de difficultés et de fébrilité : ce sont celles qui attendent dans nos greniers physiques et psychiques. Bijoux, albums photo, fragments d’intime déposés par nos aïeuls dans des malles sur lesquels nous nous penchons parfois en quête de signes, d’indices, de réponses. Et des réponses, y en a-t-il seulement ? La filiation est toujours une énigme : qu’héritons-nous de nos aînés ? Des traits physiques, un ensemble de valeurs, de goûts, mais aussi des dispositions émotionnelles…

Mai Hua a osé ouvrir la malle de ses héritages. Dans Les Rivières, sublime récit documentaire s’étalant sur six années, la vidéaste a mené une enquête intime sur sa lignée de femmes et les enjeux transgénérationnels de la mémoire familiale. Dans ce numéro, elle nous raconte en dix émotions son exploration, à tâtons, pour mettre un peu de lumière sur ce passé qu’on reçoit sans comprendre, tandis que l’article “Des traumatismes en héritage” fait le point sur les mécanismes d’hérédité psychologique, expliquant comment l’histoire traumatique passée influence le psychisme des enfants, qui se sentent porteurs à leur tour de l’histoire parentale.

Afin de sortir de ces schémas, ouvrons nos valises ! Oui, ouvrons-les, et faisons la lumière sur leurs contenus : entrons dans nos greniers défaire les valises d’obligations que nous portons sans questionner, parce qu’il “faut le faire”, nos malles de souvenirs et leurs héritages contrastés. La bonne nouvelle, c’est que cette mise à l’arrêt de nos existences, longue pause qui nous impose des frontières, nous en ouvre d’autres. Paradoxalement, la pandémie a introduit du mouvement dans nos univers contraints. N’est-il pas temps de réactualiser ce qui gouverne nos vies ?

Nadège Baheux, rédactrice en chef

Newsletter

Restez au courant des nouvelles parutions de
Psychologie Positive