Psychologie Positive n°39

Intuition

« Toi, timide ? »

Je suis sociable. Tout le monde en convient. En société, je dispense ma bonne humeur, sème mon petit grain de folie. Et pourtant… tapie au fond de moi, la petite fille timide aimerait dire le bruit, dire la fatigue, dire le trop.

Dans une société qui valorise l’extraversion et perçoit, en creux, l’introversion comme une faiblesse, nous avons tendance à mettre en sourdine notre côté réservé et à privilégier l’action, désireux de prouver aux autres que nous sommes sociables, à l’aise en toute situation. Une mise en scène imposée, un théâtre dans lequel les individus les moins expansifs se sentent incompris, marginalisés, sommés de se conformer à ce standard qui peut être oppressant.

Or, d’après Bertus Jeronimus, chercheur en sciences comportementales et sociales interviewé dans le dossier introversion de ce numéro, plus des deux tiers des introvertis, mais aussi plus de la moitié des ambivertis et des extravertis se montrent parfois plus expansifs qu’ils ne le sont réellement.

Outre les fêtes, le travail est l’endroit par excellence où nous surjouons. Parler vulnérabilité y est tabou… a fortiori lorsqu’il est question de dépression, de burn-out ou de troubles psychosociaux. Cinq salariés ont osé le faire et témoignent dans ces pages d’un immense soulagement, d’une libération. Une libération qui pourrait être mise en regard avec celle qu’éprouvent à sortir du mutisme nombre de victimes de l’“emprise”, qu’elle soit conjugale ou professionnelle. L’anthropologue Pascale Jamoulle nous décrit les rouages de ce phénomène complexe dans l’entretien qu’elle nous a accordé à l’occasion de la sortie de son enquête au long cours : Je n’existais plus.

En mettant un coup d’arrêt à nos sociétés survoltées, la pandémie a bouleversé en profondeur nos gestes, nos routines, nos relations à autrui. Et, si elle n’a pas été vécue de la même façon par tous, l’année écoulée aura entraîné pour beaucoup un changement de rythme bienvenu et comme un répit. Confinés, nous avons réappris à nous regarder “en dedans”, à sonder la part d’introversion en nous. Déconfinés, je nous souhaite d’être à nouveau proches les uns des autres, et de nous-mêmes… dans le respect des tempéraments de chacun.

Nadège Baheux, rédactrice en chef

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