| Publié le 31 janvier 2019

Pourquoi sont-ils si différents ? Je les élève pourtant de la même façon.

Pourquoi sont-ils si différents ? Je les élève pourtant de la même façon.

6 min de lecture L’un est appliqué et discipliné, l’autre brouillon et rebelle. L’une réussit brillamment à l’école, l’autre a la tête ailleurs… Nous savons bien que chaque enfant est unique, mais leurs différences nous interpellent. Et si c’était une question de position dans la fratrie ?

C’est l’évidence même, à la naissance de leur premier enfant, les parents sont… “primipares” ! Inexpérimentés, ils sont naturellement bien plus anxieux qu’ils ne le seront par la suite. Au quatrième, ça roule. Ils ont l’habitude et sont bien plus tranquilles. Cette simple différence peut déjà nous permettre de comprendre pourquoi les aînés sont souvent plus stressés et plus prudents que les suivants, bien plus détendus et bien plus téméraires. Quand le premier enfant perd sa tétine, le parent la récupère immédiatement et la passe au stérilisateur avant de la lui rendre. Quand le deuxième la fait tomber, on la rince sous l’eau chaude. Quand le troisième la lâche, on la nettoie sous l’eau froide. Et quand elle échappe au quatrième, on la frotte sur son jean… avant de la lui remettre dans la bouche. Nous ne sommes jamais les mêmes parents pour chacun de nos enfants, en plus du fait que chaque bébé arrive dans un nouvel environnement. Le premier est accueilli par un couple d’adultes qui parlent avec lui et entre eux. La maison est calme et bien rangée. Les suivants arrivent dans un tout autre monde. L’appartement est de moins en moins rangé et de plus en plus bruyant, résonnant des cris et du babillage des aînés.

Maman tient bébé dans les bras pendant qu’elle parle à l’aîné. Ce dernier continue de perfectionner ses compétences langagières tandis que le second se régale des sensations corporelles fournies par le portage. S’il est “naturellement” plus câlin que son aîné, ce n’est pas dû à une quelconque caractéristique intrinsèque, mais à cette proximité corporelle du parent. Le plus jeune est facilement laissé à lui-même au sol, avec quelques jouets. Il est devenu plus tactile, plus tourné vers la manipulation d’objets. Tandis que le premier a investi le verbe avec des parents fascinés qui interagissaient sans cesse avec lui. Résultat des courses : quels que soient la taille de la famille et le niveau socio-économique, le dernier-né a plus de risques d’être en échec scolaire que le premier-né.

Des recherches montrent que, après 12 ans, l’aîné a deux points de QI en plus, mais il grimpe moins bien aux arbres. La disparité du QI s’inverse avec l’âge. Il semble que la présence du cadet dégrade un peu l’environnement intellectuel du grand.

Vaut-il mieux avoir un petit frère ou pas ? Jetons un œil du côté des enfants uniques. Ils sont, toujours statistiquement, un peu moins brillants que les aînés d’une fratrie. Alors, que penser ? Les enfants uniques n’ont personne en dessous d’eux à guider ! Enseigner ce qu’on sait à ses frères et sœurs, ça aide à organiser sa pensée,
à clarifier son expression. C’est aussi pour cette raison que les élèves obtiennent de meilleurs résultats dans les classes multiniveaux. Malgré les croyances de nombre de parents, être en classe avec de plus petits que soi non seulement ne fait pas stagner, mais permet d’intégrer plus efficacement les connaissances. Bref, si nos enfants sont si différents les uns des autres, ce n’est pas notre faute, mais il reste de notre responsabilité de les équiper pour la vie et donc de corriger un peu ces différences de traitement. //

Sources :
F. J. Sulloway, “Birth Order and Intelligence”, Science, 2007.
L. Belmont, F.A. Marrola, “Birth order, family size, and intelligence”, Science, 1973.
P. Kristensen, T. Bjerkedal, “Explaining the relation between birth order and intelligence”, Science, 2007.
J. Rich Harris, Pourquoi nos enfants deviennent ce qu’ils sont, Robert Laffont 1999.
I. F. Schneider, Tout savoir sur les relations entre frères et sœurs, Favre, 2010.

CE QUE VIT L’ENFANT

« Quand tu me compares, j’ai l’impression que tu ne m’aimes pas »

Concrètement

Comment repérer le poids de la position dans la fratrie ?

1. L’aîné est stressé. Il a souvent les épaules, le dos ou la nuque douloureuse.

2. L’aîné se vante et montre ostensiblement qu’il est supérieur.

3. L’aîné est anxieux, il a peur de toutes sortes de choses.

4. Le cadet est en difficulté scolaire.

5. Le cadet boude facilement ou fait de grosses colères.

6. L’aîné est hyper raisonnable. Le cadet, rebelle, n’en fait qu’à sa tête.

Comment redonner de la liberté à chacun ?

• Prendre du temps de jeu libre avec chacun individuellement.

• Augmenter nos contacts physiques avec l’aîné et profiter de toute occasion pour lui manifester notre amour inconditionnel.

• Parler davantage au plus jeune avec un langage élaboré et trouver un petit cousin ou un voisin à qui il pourrait enseigner.

• Réaliser que ses comportements ressortent parfois davantage de sa position dans la fratrie que d’une “personnalité” prédéfinie. L’enfant qui dysfonctionne a besoin de soutien et de ressources, pas de limites.

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de 20 livres traduits en 19 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au cœur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.
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