| Publié le 15 novembre 2018

« Pourrait mieux faire »

« Pourrait mieux faire »

7 min de lecture Il ne fait pas ses devoirs ou pas assez. Elle bloque face à la difficulté. Ils disent qu’ils sont nuls alors même que nous les savons intelligents. Pensant qu’il s’agit d’un problème de confiance en eux, nous les valorisons. Et si nos compliments étaient contre-productifs ?

«Pourrait mieux faire. » Nous n’en pouvons plus de lire cette phrase sur ses bulletins scolaires. Nous exhortons notre enfant à travailler. Peine perdue, il ne fiche rien. Quelque chose bloque, mais quoi ? Parfois, nous l’entendons dire : « De toute façon, je suis nul. » Il n’a pas confiance en lui. Pourtant, ce n’est pas faute de lui seriner combien nous le trouvons talentueux, combien ses enseignants l’estiment capable… si seulement il s’y mettait un petit peu !

Et si justement ces « tu es intelligent » visant à valoriser l’enfant opéraient l’effet inverse ? C’est ce qu’a découvert la professeure en psychologie Carol Dweck. Quand on dit à un enfant qu’il est intelligent, on le définit dans sa personne. Pour ne pas décevoir ses parents et maintenir cette image d’“enfant intelligent”, il doit se montrer à la hauteur. Il n’ose plus travailler. Car dans son imaginaire, quelqu’un d’intelligent réussit “les doigts dans le nez” – faire des efforts, c’est pour les gens peu intelligents, qui doivent travailler beaucoup pour réussir. S’escrimer à la tâche revient alors à un aveu de faiblesse ! Avec une telle vision, l’enfant choisit dans ses devoirs ce qui lui semble ultrafacile et ne lui demande pas de se donner de mal. Dès lors que l’exercice nécessite plus de réflexion, l’enfant prend, d’une part, le risque de se tromper (ce qui serait honteux pour “quelqu’un d’intelligent”), et montre, d’autre part, qu’il lui faut faire des efforts (et donc qu’il n’aurait pas les capacités espérées). Et nous en déduisons que nos enfants sont flemmards ou qu’ils font tout pour nous contrarier, quand ils font tout pour ne pas nous décevoir !

 

© Getty images

Carol Dweck a montré que les croyances d’un enfant sur ce qu’est l’intelligence influent sur son attitude et, par conséquent, sur ses résultats scolaires. Au cours de ses recherches, elle a identifié deux types d’états d’esprit : l’état d’esprit de développement et l’état d’esprit fixe. Une personne avec un état d’esprit fixe voit l’intelligence comme immuable et innée et considère que l’on ne peut rien entreprendre pour l’améliorer. Tandis qu’une personne avec un état d’esprit de développement croit en une intelligence en mutation, qui peut s’accroître avec l’effort et l’entraînement. Ces deux états d’esprit créent des mentalités radicalement opposées, qui s’expriment tout au long de la vie. Parmi deux élèves ayant la même intelligence, celui bénéficiant d’un état d’esprit de développement a davantage de chance de déployer ses forces jusqu’à leur plein potentiel. Il réagit à l’échec avec une plus grande résilience, relève plus de défis, met au point davantage de stratégies visant à se perfectionner et manifeste une plus forte créativité.
Tout ceci l’aide à atteindre ses objectifs et il réussit mieux sur le plan scolaire.
Si on lui a appris que l’intelligence s’acquiert, se développe, alors il travaille pour la faire grandir – et il en va de même pour toutes les qualités. L’état d’esprit de développement intervient ainsi dans le déploiement des habiletés sociales. Puisque l’enfant considère que les gens peuvent changer, il émet moins de jugements stéréotypés. Il résout les conflits interpersonnels de manière plus positive.

En tant qu’adultes, nous pouvons opérer des réajustements simples pour l’encourager à développer cet état d’esprit – comme le complimenter sur le processus (« tu as fait des efforts ») et focaliser son attention sur la façon de mener la tâche, la satisfaction qu’il en tire, plutôt que d’insister seulement sur le résultat final. Évitons les compliments génériques du type « tu es bon dessinateur », qui ont des effets négatifs sur la motivation des enfants par rapport aux félicitations non génériques (« tu as réalisé un super dessin »). Mais, surtout, n’oublions pas qu’aucune félicitation ne permettra à un enfant de se sentir confiant si elle n’est pas assortie d’attention : l’amour est un carburant, pas une récompense. Ce n’est pas « quand tu travailleras mieux, je passerai du temps avec toi ou je te sourirai », mais « je te souris, je passe du temps avec toi parce que tu as de la valeur et pour que tu puisses développer toutes tes compétences ». //

 

CE QUE VIT L’ENFANT

« Quand tu me dis que je suis intelligent, je me dis que tu cherches à me rassurer parce que je suis tellement nul… Et puis, si je suis intelligent, je dois réussir sans faire d’efforts. Il ne faut surtout pas que je fasse d’efforts. »

Concrètement

Comment encourager l’enfant ?

1. Décrire les actions positives de l’enfant et focaliser son attention sur la façon de mener la tâche.

2. Complimenter le processus.

3. Utiliser des compliments non génériques.

4. Offrir de la présence attentive.

5. Écouter plutôt que conseiller.

6. L’aider à développer ses compétences.

Enseignants :

• Lui fixer des buts et valoriser les étapes qu’il franchit pour les atteindre.

Parents :

• Être là ! Être spontané !

• Panacher les types de félicitations sur le processus et sur lui-même.

• Éviter de se centrer sur la réussite. Il réussit ? Avant de le féliciter, lui demander ce qu’il éprouve. Ensuite seulement s’associer à sa joie.

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de 20 livres traduits en 19 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au cœur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.

Sources : • Carol S. Dweck, Changer d’Ètat d’esprit, une nouvelle psychologie de la rÈussite, Mardaga, 2010.
• L. Blackwell, K. Trzesniewski, C. S. Dweck, “Implicit theories of intelligence predict achievement across an adolescent transition : a longitudinal study and an intervention”, Child Development, 2007.
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