| Publié le 9 octobre 2019

Tirer la couverture… à l’autre !

Tirer la couverture… à l’autre !

2 min de lecture Lorsque l’actualité nous répète que le quotidien use, scinde, cloisonne et sépare, quand les “quotidiens” prennent un malin plaisir à épingler ceux qui se taillent la part du lion sans vergogne, je revois non sans malice ce bureau de poste au fin fond du Kerala, dans le sud de l’Inde.

Venue y faire empaqueter un colis pour la France, je découvre cet endroit hors du temps, où, à proprement parler, le temps, ici, n’existe pas !

Assise sur un banc, j’égrène les heures qui passent et les degrés qui grimpent, espérant patiemment que l’on vienne me chercher et qu’il se passe enfin quelque chose. Sous mes yeux, la valse des saris multicolores est rythmée par le tac-tac des tampons dateurs. Ici aussi, visiblement « le cachet de la poste fait toujours foi » !

Derrière le comptoir en bois massif, les guichetiers s’affairent pour renseigner les clients et redoublent d’ingéniosité pour emballer de gigantesques statuettes.

Trop occupée à ne pas perdre un seul plan du film en Technicolor qui se déroule sous mes yeux et dont je demeure l’humble figurante et modeste témoin, je ne remarque pas la présence du vieillard assis à côté de moi, recroquevillé sur son journal des sports.

Nous nous saluons d’un rictus et hochement de tête complices. C’est alors qu’il amorce un mouvement vers moi et se rapproche. Mon corps, inévitablement, se recule : voyager seule m’a appris à me méfier.

Quand je découvre ses intentions, je rougis de honte : il déplie simplement, à la vitesse de son âge, une immense page couleur saumon jusqu’à moi.

Tel un architecte qui lancerait un pont entre deux rives.

Comme de bien entendu, la page est intégralement écrite en hindi, et relate visiblement les exploits des équipes locales de cricket !

J’avoue être profondément touchée par le geste de cet octogénaire en chemisette à carreaux : son journal nous recouvre désormais entièrement les jambes et nous lisons, ensemble, lui les scores et les commentaires, moi les photos.

Attelage improbable mais communion bien réelle, dans l’instant.

En m’offrant un peu de son bien, en partageant avec moi sa lecture, il ne se doute pas du cadeau merveilleux qu’il vient de me faire : me ramener à cet état de petite fille qui ne connaît pas encore les mots et pour laquelle seules les images parlent ! //

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