| Publié le 1 mars 2019

6 conseils pour un enseignement respectueux du développement de nos enfants

6 conseils pour un enseignement respectueux du développement de nos enfants

7 min de lecture Bien souvent, le mode d’apprentissage scolaire des langues ne marche pas aussi efficacement pour les garçons que pour les filles, le cerveau d’un adolescent n’est pas en mesure de choisir son orientation, passer du cours de français directement à celui d’anglais est trop fatigant sur le plan neurologique… Bref, l’enseignement n’est pas suffisamment adapté au développement du cerveau des enfants. Mais selon les spécialistes, des améliorations sont possibles.

ACCORDEZ DU TEMPS À CEUX QUI EN ONT BESOIN

Chaque cerveau se développe à son rythme, mais à l’école, il est obligé de s’adapter à un programme d’enseignement strictement formaté. Ce n’est pas très futé, selon Jelle Jolles, professeur de neuropsychologie à l’université libre d’Amsterdam et directeur du laboratoire de recherches et d’expertise Cerveau et Apprentissage. Depuis plusieurs années, il étudie la façon dont le cerveau se développe et les leçons que l’on doit en tirer pour un meilleur enseignement. « Il ne faut pas abreuver un cerveau de compétences qu’il n’est pas prêt à assimiler. Cela peut même avoir l’effet inverse, explique-t-il. Si vous ennuyez un enfant dont le cerveau n’est pas prêt avec des raisonnements abstraits et de la logique, vous courez le risque qu’il angoisse dès que l’on parle de calcul. Il devient alors l’une de ces personnes qui pensent toute leur vie qu’elles sont incapables de compter. C’est vraiment dommage. Ceux qui s’épanouissent tardivement savent bel et bien compter, mais il faut se montrer patient avec eux. »

TENEZ COMPTE DE L’AGITATION DES GARÇONS

À la base, le cerveau des garçons et des filles est presque identique. Cependant, dans celui des garçons, les programmes responsables de l’action et du mouvement sont un peu plus actifs dès la naissance. Selon Jelle Jolles : « Bouger est excellent pour l’amélioration de la coordination et des mouvements complexes, et donc pour la croissance des muscles et du squelette – et c’est le but du cerveau. Ce dernier approuve donc l’attirance des garçons pour l’exploration et leur absence de souci pour “ce qui pourrait arriver”. » Ces programmes des garçons et des filles sont-ils prédéterminés ? « Non, pas du tout. Toutefois, on fait souvent appel dès la naissance au comportement moteur et social respectivement des garçons et des filles, expose Jelle Jolles. Et lorsque vous mettez souvent en valeur certaines qualités d’un enfant dès son plus jeune âge, elles s’amplifient. C’est le principe de la prophétie autoréalisatrice. Je conseille de stimuler les filles le plus tôt possible à explorer et à entreprendre davantage, et à développer leurs capacités de mouvement et d’action. De la même manière, il serait bon pour les garçons d’être stimulés très tôt à développer leurs aptitudes linguistiques et sociales. »

3 COMMENCEZ LE PLUS TÔT POSSIBLE L’APPRENTISSAGE DES LANGUES

Eveline Crone, professeure de psychologie du développement neurocognitif à l’université de Leyde, en explique les raisons : « Le cerveau ne peut pas se développer par lui-même, il a besoin de stimuli extérieurs. Pour l’apprentissage des langues, il existe une période “sensible” assez restreinte. Ceux qui ne sont pas stimulés sur le plan linguistique avant l’âge de 6 ans ne seront plus jamais en mesure de parler couramment n’importe quelle langue. »

En règle générale, il est possible d’apprendre une autre langue que votre langue maternelle assez facilement avant la puberté. Ensuite, cela devient de plus en plus difficile pour le cerveau.

4 LAISSEZ VOS ENFANTS CHOISIR PLUS TARD

Aidés par l’arrivée en force des hormones sexuelles, les jeunes entrent dans la puberté. « Le lobe frontal, la zone responsable, entre autres, du raisonnement logique, de la prise de décision et de la résistance aux impulsions, se forme progressivement et n’est pas encore prêt, et de loin, au moment de la puberté, précise Eveline Crone. Mais entre-temps, sous l’influence des hormones, le cerveau émotionnel est malmené. De ce fait, chez les adolescents, le rapport raisonnement-émotions est souvent déséquilibré. À certains moments, ils ont l’air très adultes – c’est alors le lobe frontal qui domine –, mais à d’autres le cerveau émotionnel prend les commandes et vous tombez des nues. » Selon Jelle Jolles, avant que le cortex soit mûr et que le cerveau émotionnel apporte sa contribution au traitement des informations de façon plus maîtrisée – chez certains, après 20 ans –, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que les jeunes organisent eux-mêmes leurs études de façon optimale et soient en mesure de faire des choix importants pour leur avenir. Les jeunes ont donc besoin d’un accompagnement. Une sorte de “lobe frontal externe” qui les oriente, les inspire et informe le centre émotionnel des effets à long terme. 

5 LES COURS POURRAIENT COMMENCER PLUS TARD

« Une conséquence particulière de la modification du système hormonal changeant est la perturbation du rythme du sommeil, rappelle Eveline Crone. Pendant la puberté, les enfants ont besoin de neuf à neuf heures et demie de sommeil par jour, mais ils n’y parviennent presque jamais, parce que leur corps ne produit que tard de la mélatonine, l’hormone du sommeil. Le matin, c’est l’inverse : impossible de tirer certains adolescents de leur lit, même avec trois réveils. »
Les collèges et les lycées n’en tiennent pas compte. Alors que commencer la journée une heure plus tard ou par des matières moins contraignantes sur le plan cognitif, comme le sport, la musique ou les arts plastiques, pourrait être une solution. Toutefois, les experts ne sont pas unanimes à ce sujet. Commencer l’école plus tard satisferait, il est vrai, aux besoins immédiats des élèves, mais l’effet n’en est pas structurel. Une fois les collégiens habitués au nouveau rythme, le problème se reproduirait.

6 PENSEZ AUSSI AU CERVEAU DES ADOLESCENTS EN ÉLABORANT LES EMPLOIS DU TEMPS

Les cours faisant appel aux mêmes zones du cerveau se succèdent souvent pour les élèves. Ces zones sont alors épuisées, et le cerveau n’apprend plus rien. « De la perspective du cerveau, suivre un cours de français après un cours d’anglais n’est pas une très bonne idée, estime Jelle Jolles. Il serait probablement déjà mieux de différencier les contenus. Par exemple, d’abord un cours de grammaire française, puis un concernant la littérature anglaise. Ainsi, on solliciterait d’autres zones du cerveau et d’autres fonctions cognitives. » //

 

Article complet à retrouver dans le hors-série spécial Education positive (hors-série n°6)

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