| Publié le 11 mars 2019

S’accepter tel que l’on est

S’accepter tel que l’on est

8 min de lecture Nous regarder tels que nous sommes, avec nos bons et nos mauvais côtés, et essayer d’en tirer le meilleur parti : pourquoi est-ce si difficile ? Et que pouvons-nous apprendre de ceux qui y parviennent ?

Ne devrais-je pas en être capable ? Est-ce normal ? Ce que je fais est-il saugrenu ? Aurais-je dû le comprendre ? Le savoir ? Le voir ? Ai-je un drôle d’air ? Y suis-je autorisé ? Ai-je le droit de ressentir ça ?

L’humanité tout entière souffre de ce genre de dialogue intérieur, voici ce qu’a remarqué la psychologue Marjon Bohré au cours de sa formation, suivie entre autres auprès de l’experte de l’acceptation de soi Brené Brown, et auprès de ses patients. « Tout le monde se débat avec la question de savoir s’il est suffisamment bien tel qu’il est. Chez tous, cette petite voix surgit dans les moments de vulnérabilité. »

Marjon Bohré en a fait l’expérience elle-même. « Lorsque l’un de mes enfants est malade, je panique toujours. Je n’ai aucune idée de ce que je dois faire. Alors c’est mon mari qui prend les rênes pour constater ce qui se passe, appeler le médecin, aller chercher les médicaments… Pendant longtemps, j’ai eu une opinion là-dessus : je m’en voulais. Je trouvais que ce n’était pas convenable. Une bonne mère sait exactement ce qu’elle doit faire quand son enfant est malade, non ? Si un doigt se coince dans la porte, lors d’une blessure à la tête ou quand la fièvre monte en flèche, vous devez faire face. Soigner, régler ce qu’il y a à faire, réanimer en cas de besoin… Et non pas vous renfermer sur vous-même. Quel genre de mère êtes-vous si vous rentrez dans votre carapace lorsque votre enfant est souffrant ? »

La question que posent finalement ces dialogues intérieurs est : puis-je m’accepter tel que je suis ?

Avec mes bons et mes moins bons côtés, avec mes traits de caractère forts ou estimables. Avec mon côté peu sûr de moi, mes colères subites ou ce nez de travers ?

Les personnes qui peuvent y répondre par l’affirmative sont moins sujettes aux problèmes psychiques, a montré une étude. Elles sont moins sensibles à la dépression ou aux angoisses, présentent moins de convictions irrationnelles et de tendances narcissiques, peuvent considérer leur propre comportement avec plus d’objectivité et réagissent mieux aux critiques. L’acceptation de soi se trouve même en haut de la liste des choses qui contribuent à une vie satisfaisante, selon la psychologue Karen Pine et ses collègues de l’université du Hertfordshire. Mais la même étude a montré que nous n’y parvenons guère. C’est à la question « Êtes-vous souvent tolérant envers vous-même et êtes-vous satisfait de qui vous êtes ? » que le plus mauvais score a été obtenu. Quelle en est la raison ?

#JAIMEMAVIE

« Le fait que nous ayons tant de difficultés à nous accepter vient de ce que nous aspirons à être acceptés par les autres », explique la psychologue Marjon Bohré. L’autre nous acceptera-t-il dans notre intégralité, avec notre gaieté et notre stress, notre pondération et nos tendances névrotiques ? « Nous avons peur d’être rejetés du fait de nos imperfections. Et c’est une forte menace, car pour notre survie, nous avons depuis toujours besoin d’appartenir à un groupe. C’est un besoin si fondamental que nous sommes toujours attentifs au danger d’être rejetés. »

Donc, nous préférons cacher nos moins bons côtés, et intérieurement, nous nous en punissons. Ne pouvez-vous jamais répondre par l’humour, au lieu d’être toujours aussi sérieux ? Devez-vous toujours vous faire l’avocat de la morale ? Vous devez tout de même pouvoir parler normalement devant un groupe si vous approchez de la quarantaine, non ? Ce qui rend les choses encore plus difficiles, c’est de voir sur les réseaux sociaux combien les autres sont “formidables” et de constater que, pour leur part, ils ont l’air d’avoir une vie réussie.

La culture occidentale favorise ce comportement tendant à cacher ses imperfections et à avoir d’intenses dialogues intérieurs : dans notre société, nous sommes surtout acceptés si nous restons assis bien droit sur notre chaise, avons une entreprise florissante ou savons nouer facilement des contacts.

La façon dont nous avons été élevés peut encore renforcer ce manque d’acceptation de soi, affirmait le célèbre psychologue humaniste américain Carl Rogers dès la moitié du XXe siècle. Vous a-t-on donné un amour inconditionnel ? Ou avez-vous l’impression que vous n’avez droit à de l’attention, à des câlins et à des compliments que si vous ramenez de bonnes notes, vous montrez secourable, avez une vie de famille rangée ou – aux yeux de vos parents – faites une magnifique carrière ?

« Lorsqu’un enfant a l’impression que l’amour qui lui est dispensé dépend de la mesure dans laquelle il satisfait aux attentes, le risque est plus grand qu’il se juge lui-même en termes de “valeur”, affirme Carl Rogers. Et ce genre d’enfant a donc tendance à s’accepter à condition de “faire bien”. »

DAVANTAGE D’HUMANITÉ

Cependant, la moitié du temps, nous ne faisons pas les choses si bien que ça. Nous restons éveillés quand les autres dorment, gâchons notre relation, sommes craintifs, en colère ou disons des choses que nous regrettons.

Quiconque apprend à jeter un regard plus tolérant sur lui-même comprend que personne n’est parfait et quiconque peut s’accepter avec tous ses défauts peut plus facilement se montrer aux autres tel qu’il est. Nous montrons ainsi notre humanité, et bien souvent il s’avère que les autres ne s’enfuient pas en courant ! Ils se rapprochent justement de nous pour nous dire : « Moi aussi, je suis comme ça. » Arrêtez donc de vous “réparer” sans cesse, pour satisfaire à une image que vous avez, ou que les autres ont, de la personne que vous devriez être. « Si vous vous acceptez, le monde entier vous acceptera », écrivait le sage chinois Lao-Tseu une centaine d’années avant Jésus-Christ. Mais alors, n’avons-nous plus rien à changer en nous ?

Pouvons-nous dire : voilà qui je suis, débrouillez-vous avec ! Non, disent les experts de l’acceptation de soi : nous accepter tels que nous sommes ne signifie pas que nous soyons dégagés de toute responsabilité envers nous-mêmes et les autres. Marjon Bohré explique : « Vous pouvez vous aimer vous-même, y compris ce en quoi vous n’êtes pas très bon, tout en faisant des choix sur la façon dont vous pouvez évoluer et gérer vos côtés moins positifs. »

Selon elle, c’est surtout l’intention qui compte : « Voulez-vous changer parce que vous voulez être encore plus parfait, parce que les autres vous jugent, parce que vous vous jugez vous-même ? Ou le souhait de changer vient-il de vos valeurs, de ce que vous trouvez important dans la vie ? En d’autres termes : voulez-vous vous débarrasser de votre impatience parce que tout le monde autour de vous semble patient et que vous estimez devoir être un peu plus zen ? Ou : la collaboration est-elle une valeur importante pour vous, et voulez-vous laisser plus souvent d’espace à vos collègues ? Celui qui évolue en partant de cette dernière conviction peut continuer à enrichir sa vie et celle des autres. »

Article complet à retrouver dans le numéro 24 de Psychologie Positive
Vous avez aimé cet article ? Partagez-le avec vos amis !
Share on Facebook
Facebook
Share on Google+
Google+
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Newsletter

Restez au courant des nouvelles parutions de
Psychologie Positive