Vie pro, vie perso, comment trouver l’équilibre ?

Vie pro, vie perso, comment trouver l’équilibre ?

Aller sur Facebook au travail et lire des comptes rendus chez soi le soir… qui ne l’a jamais fait ? Séparer vie privée et vie professionnelle est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est meilleur pour la santé. Voici quelques conseils pour y parvenir.

Pendant les heures de travail, ils cherchent une remplaçante à la baby-sitter qui leur fait faux bond au dernier moment ou se renseignent pour une nouvelle assurance automobile ; ils rédigent un rapport sur leur ordinateur portable à la maison après le dîner et relisent le compte rendu de la dernière réunion le samedi matin : près de la moitié des actifs mélangent régulièrement vie professionnelle et vie privée. Ils sont des “intégrateurs”, comme les a baptisés une étude finnoise de 2015, parmi d’autres catégories telles que les traditionnels “bourreaux de travail” – une personne sur cinq est très prise par son travail à la maison –, les “séparateurs”, qui cloisonnent strictement leur vie professionnelle et leur vie privée (19 %), et ceux dont la vie personnelle tient une grande place au travail (15 %).

On se sent très efficace lorsqu’on parvient à régler de front les problèmes de sa vie privée et de sa vie professionnelle. Rien de plus facile de nos jours : Internet est disponible partout et quasiment tout le monde possède un smartphone. Cependant, cette étude affirme que les séparateurs sont en bien meilleure santé que les intégrateurs et les bourreaux de travail. Ulla Kinnunen, la psychologue qui a dirigé l’étude, affirme : « On a besoin de se détendre et de récupérer. Si nos rôles au travail et à la maison se chevauchent constamment, il devient impossible de se remettre d’une journée de boulot une fois rentré chez soi. » Ceux qui ne peuvent pas recharger leurs batteries pour faire face à leurs différents rôles courent un plus grand risque d’épuisement émotionnel. De plus, ils perdent lentement leur tonus et deviennent moins créatifs.

Pas vraiment là

Les résultats de cette recherche sont confirmés par une autre étude récente qui a observé des employés d’astreinte en dehors de leurs heures de travail, lorsqu’ils étaient de garde, par exemple. L’idée d’être joignable par son patron est stressante, même si on ne travaille pas : être obligé de surveiller son téléphone et devoir entrer en action à tout moment rend nerveux. De plus, on se repose moins bien lorsque les collègues peuvent vous contacter à tout moment à la maison.

La pensée piège majeure de l’intégrateur est de croire qu’il est efficace en effectuant plusieurs tâches à la fois. Pendant qu’il est au téléphone avec un client, il cherche un réparateur de machine à laver sur Internet, et profite d’un feu rouge pour envoyer un WhatsApp à un collègue afin de lui demander comment s’est passé son entretien d’évaluation. Mais ce va-et-vient constant entre différentes tâches est source de nombreuses erreurs, car on est moins précis et on retient moins bien les détails, sans compter qu’il est plus fatigant d’effectuer plusieurs tâches en même temps plutôt que l’une après l’autre.

La psychologue Elianne van Steenbergen, spécialisée dans le domaine de l’équilibre entre la vie privée et le travail, explique : « Les intégrateurs ne sont jamais concentrés à 100 %, ni au travail ni à la maison : psychologiquement, ils ne sont en fait disponibles nulle part. N’être jamais vraiment là où l’on est revient à vider de leur contenu le temps passé à la maison et celui passé au travail. Avant, mon mari arrivait toujours à la maison son portable à la main. Il passait la porte d’entrée en contrôlant ses mails professionnels. Il était présent, sans être vraiment là, et ne prêtait pas attention à ce que je lui disais. Un comble pour quelqu’un qui travaille sur les effets négatifs de l’intégration du travail et de la vie privée ! Heureusement, mon étude l’a convaincu de mettre des cloisons entre son travail et sa vie personnelle. »

Si votre conjoint est fatigué de vous voir mélanger les sphères privée et professionnelle, ayez conscience que ce n’est pas l’idéal pour vous non plus. La psychologue affirme que nous savons très bien qu’il faut être présent à 100 % là où l’on est, que ce soit au travail ou à la maison. Lorsque ce n’est pas le cas, on peut avoir le sentiment de n’être jamais à la hauteur : « On peut se sentir coupable, par rapport à sa vie privée et par rapport à son travail. »

Gardez une optique professionnelle

En résumé, l’idéal est de cloisonner le plus possible sa vie privée et sa vie professionnelle. Mais comment faire ? Pour commencer, il faut se rendre compte que le travail, aussi important soit-il, est un rôle. L’un de vos nombreux rôles. « Il ne faut pas être toujours et automatiquement disponible pour son travail », explique Elianne van Steenbergen. Avoir confiance en soi est indispensable à cette prise de conscience : on doit être sûr de sa capacité à livrer une bonne prestation professionnelle. En fin de compte, le travail est un contrat : on vous offre un certain montant d’argent pour effectuer un travail en un certain nombre d’heures. Quelques heures supplémentaires peuvent parfois se révéler nécessaires, mais si c’est la norme, il faut revoir le contrat ou chercher d’où vient le problème. Peut-être la charge de travail est-elle trop importante pour vous ? Peut-être devriez-vous dire plus souvent « Non » à votre patron ou parler de vos responsabilités à vos supérieurs ? Gardez une optique professionnelle pour juger de votre travail.

Les séparateurs se reconnaissent certainement bien plus dans ces affirmations que les intégrateurs ou les bourreaux de travail. La culture d’entreprise peut influencer la confiance en soi de ces deux derniers groupes. De nombreux employés essayent de travailler autant que leur patron. Pour montrer son engagement, on peut se sentir obligé de répondre immédiatement à son chef lorsqu’il vous envoie régulièrement des mails le soir. Elianne van Steenbergen pense cependant que beaucoup d’entreprises n’attendent pas une disponibilité 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 de leurs employés. « Il leur faut avant tout des personnes qui fonctionnent bien et qui ne se sentent pas coupables lorsqu’elles ne sont pas au travail. »

N’hésitez pas à discuter de leurs attentes avec vos supérieurs : que souhaitent-ils que vous fassiez lorsqu’ils vous envoient un message tard dans la soirée ou lorsqu’un travail urgent tombe alors que vous êtes sur le point de rentrer à la maison ? Votre manager vous demande-t‑il explicitement de travailler plus longtemps ou vous l’imaginez-vous ? Demandez-lui des explications de façon ouverte et calme. Peut-être mettez-vous la barre plus haut que votre patron en matière de flexibilité et de disponibilité ?

En discutant avec votre employeur de ses attentes vis-à-vis de vous, vous pourrez parler de votre charge de travail. « On doit séparer la vie privée et le travail en se mettant d’accord avec soi-même, avec ses collègues et avec son conjoint », conseille Elianne van Steenbergen. Bien qu’une stricte séparation soit la solution la plus saine, elle n’est pas réaliste pour tout le monde. Ne jamais travailler le soir ou annoncer que l’on quitte le travail à 17 h n’est pas possible dans toutes les professions. « Décidez par exemple de ne travailler le soir que le dimanche et le lundi. Les autres soirs, vous ferez du sport ou ce qui vous plaît. Vous pouvez aussi décider qu’une fois chez vous, vous ne consulterez plus votre téléphone jusqu’à la fin du dîner. En coupant le son, vous n’entendrez pas les messages entrants. Passer ce genre d’accords avec vous-même vous permettra de retrouver la paix. Ainsi, vous serez sûr de consacrer les trois prochaines heures à votre vie privée et d’en faire ce que vous voulez. »

Être vraiment à la maison

Il est facile de conclure tout un tas d’accords avec soi-même, mais comment les respecter ? « Il faut réfléchir en tâches à effectuer, déclare Ulla Kinnunen. Pensez à ce que vous voulez accomplir au travail un jour précis. Une fois ces tâches effectuées, vous pourrez vous détacher plus facilement de votre emploi le soir venu. » Cela demande beaucoup de discipline : vous devez refaire tous les jours le choix de cloisonner au maximum votre vie personnelle et votre vie professionnelle. « Lorsque la vie privée et la vie professionnelle se sont beaucoup mélangées pendant la journée, on a l’impression d’avoir fait moins de choses et on est moins satisfait de sa vie personnelle, dit Elianne van Steenbergen qui met cependant en garde contre trop de rigidité. On ne réussit pas tous les jours à séparer parfaitement la vie privée et la vie professionnelle. Et parfois, cela ne marche pas du tout pendant deux ou trois semaines, et l’on continue à travailler le soir. Il faut tout simplement se reprendre en main après ces périodes de travail intensif. »

Même les battants ambitieux qui aiment jouer tous les rôles à la fois ont intérêt à passer ce genre d’accords, car eux aussi s’en sortent mieux en étant à 100 % à la maison lorsqu’ils sont chez eux et à 100 % au travail lorsqu’ils sont au bureau. Bien fonctionner professionnellement va de pair avec se détendre à la maison ou avoir d’autres centres d’intérêt. Si vous êtes bien dans votre peau, c’est positif pour votre travail, votre conjoint, vos enfants et vos amis. Les spécialistes sont unanimes : séparer les rôles, c’est ce qu’il y a de mieux à faire pour tout le monde. Et cela se fait d’autant plus facilement qu’on s’y exerce souvent. On se sent fier de réussir à respecter les accords que l’on a passés avec soi-même, explique la psychologue, « fier d’avoir trouvé un équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle, au lieu d’être constamment débordé ». Séparer la vie privée et la vie professionnelle a un effet calmant et nous permet de maîtriser le temps tout en stimulant notre confiance en nous : une fois adoptée, vous ne lâcherez plus cette approche de la vie.
Sources : U. Kinnunen et al. “The role of work-nonwork boundary management in work stress recovery”, International Journal of Stress Management, 2015. / C. Ziebert et al. “The relationship of on-call work with fatigue, work-home interference, and perceived performance difficulties”, Biomed Research International. 2015 / G. Danner-Vlaardingerbroek et al. “The psychological availability of dual-earner parents for their children after work”, Family Relations, 2013.

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