Il est jaloux de son petit frère

Il est jaloux de son petit frère

Qu’on soit frères et sœurs de sang, demi-frères, demi-sœurs ou adoptés, dans une fratrie, on est plus heureux quand on s’entend bien... mais ce n’est pas si simple. Les haines peuvent être tenaces, alimenter nombre de conflits épuisants et saper l’estime d’eux-mêmes des enfants. La théorie de l’attachement jette une nouvelle lumière sur la “jalousie”.

Depuis la naissance de son petit frère, votre adorable petite fille veut rapporter le bébé à la maternité. Votre aîné est devenu demandeur, agressif, pleurnicheur ou au contraire se replie sur lui-même. Une nouvelle arrivée, c’est magique, mais c’est aussi une épreuve pour chacun au sein de la famille. La théorie de l’attachement, décrite par John Bowlby, permet de mesurer ce qu’un aîné peut traverser. Même si sa maman tente de le rassurer en lui racontant que le cœur d’une mère grandit à chaque nouvel enfant, la réalité est là, les journées n’ont toujours que 24 heures et, de facto, l’aîné reçoit moins d’attention qu’avant. Lors d’une nouvelle naissance, notre sentiment d’amour envers notre premier enfant reste bien sûr intact, mais il peut nous arriver de répondre inadéquatement à ses besoins et de mettre à mal l’attachement, ce que lui peut vivre comme un désamour.

Le système d’attachement est un système biologique qui a pour objectif de maintenir la proximité entre le bébé et la personne qui s’occupe de lui. La maman est comme un porte-avions, la base sécurisante, à partir duquel le bébé- avion s’élance vers le ciel. C’est aussi la piste d’atterrissage, le havre de sécurité, qui doit toujours être disponible pour permettre à l’avion de se poser en urgence. Quand sa figure d’attachement est inaccessible, même momentanément, un petit enfant se met à pleurer, à protester, à manifester tous les comportements à sa disposition visant au rapprochement. Son système d’attachement s’est automatiquement mis en marche face à cette menace de manque de disponibilité. Ces réactions manifestent la qualité de son attachement. Il n’est pas en train de faire des caprices ! C’est pour la même raison que l’enfant qui jouait tranquillement seul un instant auparavant arrive en pleurant avec un besoin quelconque dès que vous êtes au téléphone avec une amie. L’attachement ne rend pas dépendant, bien au contraire. Un enfant attaché à un porte-avions fiable ose voler plus loin. Mais en voyant le grand accroché à nous, ou demander de l’attention alors que nous sommes occupés, il peut nous arriver de le rembarrer, voire de le culpabiliser.

Un enfant peut éprouver une intense haine envers celui qu’il voit comme privilégié, celui qui reçoit davantage d’attention pour quelque raison
que ce soit, dépendance, maladie, handicap… Cette haine n’est pas une “vilaine” réaction, elle est faite de la peur d’être abandonné et de la honte d’être rejeté (« Je ne suis pas assez bien »). Or, dans une enquête 1, 87 % des mères et 85 % des pères ont admis favoriser le plus jeune de leurs enfants. Lorsque la jalousie ronge un enfant, nous pouvons nous pencher sur notre possible part de responsabilité. Quelle attention portons-nous aux signaux d’attachement de chacun ? Les conditions de la conception, de la grossesse, de l’accouchement et des premiers mois ont pu jouer sur l’attachement. Notre propre enfance, un deuil, une maladie peuvent diminuer notre capacité de réponse aux signaux d’un enfant. Voyant ses tentatives de rapprochement ignorées ou repoussées, l’enfant peut conclure qu’il n’est pas aimé. Régressions, agressivité, pleurs, la plupart des comportements que le parent juge pénibles sont des réactions de stress. En répondant aux signaux d’attachement, nous aidons l’enfant à réguler ses émotions, à accepter l’arrivée du nouveau, à restaurer son sentiment de sécurité et de sa valeur. //

1 Citée par Judith Rich Harris dans Pourquoi nos enfants deviennent ce qu’ils sont (Robert Laffont, 1999), p.66.

© Getty images

CE QUE VIT L’ENFANT

“Je déteste ce petit frère. Depuis qu’il est là, tu ne m’aimes plus. »

Concrètement :

REPÉRER LES COMPORTEMENTS D’ATTACHEMENT D’UN ENFANT :

• Il pleure quand sa maman s’éloigne.
• Il sourit quand on le punit.
• Il proteste et fait une crise avec maman alors que “tout se passe bien” avec la nounou, voire avec papa.
• Les enfants se disputent surtout en présence de la gure d’attachement.

COMMENT FAIRE ?

• Je réponds aux signaux d’attachement de chacun, ne serait-ce que d’un regard, un sourire, un mot ou un bisou.
• Je fournis une attention individualisée en consacrant à chacun un temps particulier.
• J’écoute la détresse de l’enfant et je mesure combien il a pu se sentir délaissé. Plutôt que de me justi er, je lui demande de m’expliquer ce qu’il a traversé, ce qu’il a vu et ce qu’il s’est dit.
• Je demande à l’enfant de me faire un signal lorsqu’il aura l’impression que je préfère son frère. Et bien sûr, je répondrai instantanément à ce signal.
• Je me souviens que le réservoir d’amour n’est pas rempli une fois pour toutes et qu’il se vide très vite, surtout quand la vie est un peu dif cile et que les exigences d’adaptation sont importantes.

Sources :
“Reciprocal links among differential parenting, perceived partiality, and self-worth: a three-wave longitudinal study”. Shebloski B1, Conger KJ, Widaman KF. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16402879

“Sibling rivalry and the new baby: anticipatory guidance and management strategies”.Sawicki JA1.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/9220807 Guédeney Nicole, L’Attachement, un lien vital, Éditions Fabert, Yapaka.be, 2015.

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de 17 livres traduits en 18 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au coeur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.

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