Mon enfant ne mange rien !

Mon enfant ne mange rien !

Elle repousse son assiette et annonce qu’elle n’a plus faim ? Au bout de quelques bouchées, il recrache tout ce que nous tentons de mettre dans sa bouche ? Et si nous repensions nos attentes face à l’alimentation de nos enfants ?

En 1900, la préoccupation était : « Mon enfant mange trop ! » Aujourd’hui, ce serait plutôt : « Il ne mange rien. »
Il semble que les attentes parentales autour de la nourriture soient affaire de culture. Recommandations et courbes de poids varient selon les ouvrages et les pays. À ce jour, aucune étude scienti que n’a pourtant été menée pour évaluer ces dernières. Les parents, dépourvus d’informations sur le sujet, sont tentés de se référer au carnet de santé qui leur est remis et se ent aux notices des boîtes de lait et autres petits pots.

Pourquoi cette peur est-elle si fréquente de nos jours ? Certains psys ont émis l’hypothèse que le refus de manger serait une réaction d’opposition face à une mère envahissante, voire nocive. Par crainte d’être jugées mauvaises si leur enfant ne dévore pas tout ce qu’on lui propose, les mères insistent. La quantité consommée ne signifie plus : « Tiens ! mon enfant a plus ou moins faim aujourd’hui », mais les évalue en tant que mères ! Dur, dur de voir son tout-petit recracher après deux cuillerées. Il est certes plus gratifiant de le voir lécher son assiette jusqu’à la dernière miette, c’est comme s’il disait : « Je t’aime maman. » Au début, les parents sont patients, ils font le petit avion avec la cuillère, puis ils se fâchent, menacent, supplient, promettent… Les parents “bienveillants” travaillent la présentation : des yeux, une bouche dans la purée, le brocoli fait un petit arbre…, toujours dans le même objectif, le faire manger davantage. Les plus autoritaires craquent : « Tu resteras à table tant que tu n’auras pas avalé toute ton assiette ! »

Mais l’enfant ne peut comprendre pourquoi son parent insiste ainsi. Son ventre lui fait mal. Il n’y a tout simplement plus de place pour cette purée. Les enfants ingèrent les calories dont ils ont besoin (avec beaucoup de variations d’un repas à l’autre). À condition, bien sûr, d’éviter les sucreries, les sodas et
les produits préparés, nombreux à contenir du sucre et des édulcorants leurrant le cerveau et les systèmes de satiété.

Si nous sommes si nombreux à faire le petit avion avec la cuillère ou à dessiner dans les assiettes, c’est que nous avons socialement tendance à surestimer les besoins des enfants. Comme le rappelle le pédiatre espagnol Carlos Gonzalez, un enfant ne grandit pas parce qu’il mange, il mange parce qu’il grandit. Quand il grandit beaucoup, il mange beaucoup. Regardez un ado ! Mais quand il grandit moins, il mange moins. Un enfant de 18 mois mange (en moyenne) un peu moins qu’un bébé de 9 mois ! Mais un parent peut se dire : « Si à 1 an il mange telle quantité, à 2 ans il doit consommer le double ! » Quand l’enfant a besoin de deux fois moins et que le parent veut lui en donner deux fois plus, le conflit est inévitable. Au début, le bambin refuse de manger ce qu’on lui propose. Puis il finit par ouvrir la bouche, mais n’avale pas. Si le parent insiste encore, il avale… et régurgite. Les parents prennent cela pour de l’opposition. Il est vrai que le stress de l’enfant peut l’inciter à se braquer et à fermer plus encore la bouche, mais le premier problème est que nous tentons de le nourrir au-delà de ce qu’il peut avaler.

Autre bataille : les légumes. Les parents veulent que les enfants en mangent “pour leur santé”. Les petits vont volontiers en accepter quelques bouchées pour les minéraux et vitamines, mais une assiette pleine de légumes prend trop de place dans l’estomac par rapport aux calories apportées. Son estomac dit vite STOP. Après quelques batailles, il se met à détester les légumes. Et si nous faisions confiance à leur appétit ? //

© Getty images

DU CÔTÉ DE L’ENFANT
« J’ai assez mangé. Pourquoi veux-tu me forcer ? Il n’y a plus de place dans mon ventre ! »

Concrètement :

COMMENT SAVOIR S’IL A ASSEZ MANGÉ ?

• Pendant sa première année, le nouveau-né triple son poids, ça n’arrivera pas de nouveau avant qu’il atteigne l’âge de 10 ans.
• Entre 1 et 5 ans, la croissance est plus lente, il mange donc moins. À 2 ans, la plupart mangent une portion de protéines animales de la taille d’un timbre poste et seulement s’ils ont très faim ! Un repère ? La paume de sa main.
• Entre 5 et 7 ans, il remange un peu plus (mais moins que les attentes parentales).

QU’EST-CE QUE JE FAIS ?

• Je mets dans son assiette deux fois moins que ce qu’il mange d’ordinaire.
• Je le laisse en redemander.
« Tu as fini ? » Je retire son assiette dès qu’il ne mange plus.
• L’estomac d’un bambin est si petit ! Je fais attention à la qualité nutritionnelle proportionnellement à la quantité. Le lait est plus nourrissant que les petits pots et, bien sûr, que les soupes.
• Je lui enseigne les bonnes manières à table… mais pas ce jour-là !

Sources :
Dr Carlos Gonzales – Mon enfant ne mange pas, Éd. La Leche League www.who.int/childgrowth/en/

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de 17 livres traduits en 18 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au coeur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.

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