| Publié le 17 octobre 2019

Mon ado regarde du porno !

Mon ado regarde du porno !

7 min de lecture Parler de sexe entre parents et ados, c’est compliqué. Oui, mais si on n’en parle pas, où nos ados vont-ils chercher les réponses à leurs questions ? Ils vont demander à Google bien sûr ! Le problème est que la toile pourrait bien les happer.Certains pensent que leur enfant n’est pas comme les autres et ne regarde pas ce genre de choses, d’autres savent qu’il ou elle en regarde, mais se disent que c’est normal après tout, eux-mêmes ont maté du porno en cachette quand ils étaient jeunes.

Seulement, le monde a changé. Avant, il fallait développer des trésors d’astuce pour arriver au saint Graal – la photo d’une fesse –, quand désormais il suffit de quelques clics pour accéder à des centaines de milliers de films plus trash les uns que les autres. “Contenus réservés aux adultes” : rien de tel pour exciter la curiosité. Ils cliquent sur “J’ai plus de 18 ans” en éprouvant le délicieux frisson de la transgression et pensent ainsi s’initier à la vie adulte…


Ils savent que c’est de la vidéo.


Mais n’ayant aucune idée de la façon dont cela se passe dans la vraie vie, ils sont incapables de faire le tri et leurs représentations de la sexualité sont fortement impactées. Loin de les éduquer au plaisir, la pornographie leur en verrouille l’accès. Les filles y voient le rôle qui leur est assigné. Les garçons pensent qu’ils y apprennent ce que veulent les filles (être pénétrées, martelées, dominées…).
Cela les trouble un peu au début, mais si sur les vidéos les filles crient « Encore, encore ! », c’est bien la preuve qu’elles aiment ça…

Nos enfants rêvent d’amour et de relations tendres.

Mais avant même leur premier baiser, nombre d’entre eux ont déjà en tête des scènes violentes et dégradantes. La tendresse, l’intimité, le respect, l’écoute mutuelle sont inexistants. Car l’industrie du porno ne vend pas du sexe – c’est pour cela que c’est gratuit – mais du trafic. Dans la course au nombre de vues, les plates-formes cherchent à retenir l’attention de l’internaute.

Mues par la compétition entre elles, elles vont vers toujours plus inhabituel, plus effarant. Sans surprise, le sexe anal est surreprésenté. Au point que les jeunes d’aujourd’hui pensent que tout le monde le pratique. Le porno introduit de nouvelles normes. Sous prétexte de société ouverte et libre, nous avons enfermé les jeunes dans un monde de plaisir factice normé par Porn-hub. Non, la sexualité des ados n’est pas libre.

Nous voiler la face ne les aidera pas ; il nous faut sortir de notre zone de confort, oser en parler avec eux et mener une pédagogie d’éveil de l’intelligence intime (définie par Margot Fried-Filliozat comme au croisement des intelligences sexuelle, émotionnelle et sociale, université de Maastricht, 2018).

Car entre hyperexposition, silence radio des adultes, afflux d’hormones et pression des pairs, les ados sont vulnérables. Nous nous rassurons en pensant que le collège ou le lycée s’en occupe… Hélas, les trois heures annuelles d’information sexuelle et affective prévues par la loi (comment ose-t-on ne consacrer que trois heures par an à cette dimension si fondamentale de notre vie ?) consistent le plus souvent en mises en garde – « Faites attention, les risques… » – et en la présentation de schémas anatomiques pour la plupart erronés et incomplets. Un seul manuel scolaire, édité par Magnard, montre à ce jour la réalité anatomique d’un clitoris.

Les garçons ne sont guère mieux lotis, on ne trouve rien sur le tiers interne du pénis, sur les capteurs de plaisir de la couronne du gland… Les jeunes voient confirmé le stéréotype de genre : les garçons ont un sexe apparent et actif et les filles n’ont qu’un système reproducteur.

L’image du sexe-trou comblé par un pénis-bâton perdure et fait le lit de discriminations envers les femmes.

Il est urgent et nécessaire de fournir à nos ados outils, ressources et informations. Ils ont besoin de comprendre le fonctionnement de leur corps et du désir, de maîtriser les nuances du consentement et de l’abus, de savoir comment dire
non et résister à la pression sociale. Pour déconstruire les stéréotypes, dévoilons l’envers du décor de l’industrie du porno, ses objectifs et ses trucages. Parler de sexe et préparer nos jeunes ne les encourage pas à des relations précoces. Bien au contraire, cela les aide à développer conscience et responsabilité. //

Isabelle Filliozat est psychothérapeute, formatrice en approche empathique, créatrice d’ateliers de parents. Elle est l’auteure de plus de 20 livres traduits en 19 langues, dont J’ai tout essayé, Il n’y a pas de parent parfait et Au cœur des émotions de l’enfant, parus chez Jean-Claude Lattès et Marabout.

Ce que vit l’ado

« Le porno, c’est excitant, on perce le secret des adultes ! Au début, ça dégoûte, mais on s’habitue. »

Concrètement

Quelques statistiques

À 12 ans, un ado sur trois a visionné une vidéo pornographique sur Internet.

18 % des garçons et 12 % des filles de 14-17 ans disent regarder un porno au moins une fois par semaine.

8 % des 14-15 ans en visionnent plusieurs fois par jour, dont 5 % de filles.

22 % ont tenté de reproduire une scène vue dans une vidéo porno.

Que faire dès 11 ans ?

Lui donner accès à un maximum d’informations sur le sexe et la sexualité, laisser traîner des magazines qui font un dossier sur le clitoris, sur l’orgasme, des livres sur le plaisir sexuel, des ouvrages qui lui présentent la véritable anatomie des sexes, d’autres qui dénoncent les dessous de la pornographie, sans oublier les abus sexuels.

Lui poster le lien vers le site du planning familial : www.planning-familial.org

Expliquer la notion de consentement et ne pas hésiter à rabâcher.

Muscler sa capacité à dire non, le/la confronter lorsqu’il/elle se soumet un peu trop facilement, même à nous ! Utilisons les situations à notre disposition pour mettre en évidence ce qu’est un consentement éclairé.

Discuter de l’image des femmes et du rapport homme-femme dans les médias. Profiter des séries, des films que nous regardons côte à côte pour en parler.

Insister auprès de son collège ou de son lycée pour qu’il bénéficie au moins des trois heures annuelles d’information sexuelle et affective et qu’elles soient confiées à une association laïque ou à un intervenant extérieur (les jeunes parleront plus librement que face à leurs enseignants habituels).

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