| Publié le 24 novembre 2019

5 idées reçues sur le harcèlement

5 idées reçues sur le harcèlement

10 min de lecture Si nous en savons de plus en plus sur le harcèlement, les solutions n’ont pourtant rien d’évident, en particulier dans l’approche du problème. La sociologue Beau Oldenburg rectifie ici plusieurs malentendus. « Punir sévèrement les harceleurs a l’effet inverse », nous apprend-elle notamment.

1 ‟ Si mon enfant était harcelé, il me le dirait certainement. ”

« Lorsqu’ils sont harcelés, les enfants en ont souvent honte, explique Beau Oldenburg, sociologue à l’université de Groningue aux Pays-Bas. Ils se sentent stigmatisés : comme si le fait d’être toujours pris pour cible avait quelque chose à voir avec leur personne. Que cela signifiait qu’ils sont nuls. » C’est l’une des raisons pour lesquelles 35 % des enfants ne disent à personne qu’ils sont harcelés, même pas à leurs parents, a montré une étude à petite échelle qu’elle a menée.

Ce qui joue aussi un rôle, c’est qu’ils craignent de déclencher un mécanisme qu’ils ne pourront plus stopper.

Ils ont peur des représailles de leurs harceleurs s’ils le racontent à leurs parents et si ces derniers viennent demander des explications à l’école. En outre, les enfants ont souvent l’idée que le problème ne peut pas être résolu, quoi qu’on fasse, par exemple parce qu’ils ont vu que les professeurs agissaient mais que cela n’avait pas d’effets immédiats.

C’est pourquoi ils préfèrent le garder pour eux. Ce qui marche, selon la sociologue, c’est quand les enfants remarquent que l’on peut parler ouvertement du harcèlement à la maison. « Si on leur répète : Bah, les taquineries font partie du jeu, ils n’en parleront jamais, c’est certain. Ce qui donne de meilleurs résultats, c’est de créer un sentiment de sécurité en se disant toujours prêt à chercher ensemble des moyens de veiller à ce que tout le monde se sente bien dans la classe. »

À l’école aussi, il doit être clair que le harcèlement est pris au sérieux. Il faut que la responsabilité soit retirée de l’enfant et que l’enseignant dise : « Nous allons lutter contre ça avec tout le groupe. Tous ensemble. »

‟ Les enseignants ne voient qu’une petite partie des harcèlements. ”

2 ‟ Un enfant qui est harcelé y est certainement un peu pour quelque chose. ”

Lors des entretiens de Beau Oldenburg avec les enseignants, elle entend souvent dire : « C’est une situation très ennuyeuse, mais il peut se comporter de façon extrêmement irritante ! » Ou : « Elle est vraiment très maladroite sur le plan social. »
Cela la choque chaque fois. « Il y a toujours des enfants qui frappent sans cesse avec leur stylo sur le bureau des autres. Ou qui veulent toujours décider du jeu auquel on va jouer, et laissent peu d’espace aux autres. Et c’est quelque chose qu’il faut prendre
en main dans la classe. Mais ce n’est jamais une raison pour être harcelé, encore moins pour justifier le harcèlement »,
explique la sociologue.

Les études ont-elles montré qu’il existe une personnalité type de la victime ? « Non, déclare-t-elle. Tout ce qui détonne peut être une raison pour harceler : trop grand, trop petit, trop gros, trop maigre. Mais ce que l’on voit, c’est que ça arrive dans certaines classes et pas dans d’autres. Cela dépend donc fortement du groupe : le harcèlement est-il accepté ou même encouragé, ou le groupe se révolte-t-il contre ce genre de comportement ? La seule similitude que nous voyons dans les études effectuées parmi des enfants harcelés est qu’il s’agit souvent d’enfants qui savent moins bien se défendre. Ils sont plus timides, ont moins d’amis, sont moins forts sur le plan physique ou social. C’est un choix conscient du harceleur, car il n’a pas beaucoup de résistance à attendre de la part de ces enfants. »

3 ‟ Oh ! mais ce n’est pas vraiment du harcèlement. 

Dans la thèse de recherche de Beau Oldenburg, 71 enfants indiquaient être harcelés au moins deux fois par mois. Les enseignants, qui étaient interviewés séparément, ne reconnaissaient quant à eux que 18 des 71 cas comme étant des victimes. Il ne s’agit que d’une étude à petite échelle, qui doit être reproduite, mais chaque fois les entretiens ont fait ressortir le fait que les enseignants ne voient qu’une petite partie des harcèlements. Ou bien ils affirment : « Mais celle-là se sent harcelée dès qu’on la bouscule ! »

« C’est inquiétant, estime la sociologue. La seule personne à pouvoir dire si le comportement d’un autre relève du harcèlement est la victime elle-même. Je ne comprends pas que des adultes estiment qu’un enfant doive pouvoir supporter d’être sans cesse bousculé, ni que les enfants doivent apprendre à faire la différence entre les taquineries et le harcèlement ; ils la font parfaitement ! Mais la discussion sur la véracité du fait qu’il y a harcèlement dans une situation donnée est absurde. Les études montrent que les enfants qui se sentent harcelés sont durablement blessés. Un grand nombre d’entre eux présentent des troubles dépressifs et développent des problèmes anxieux. Qui sommes-nous pour dire que ce n’est pas si grave ? »

‟ Il faut punir sévèrement les harceleurs. 

« Cela fait sept ans que j’étudie le harcèlement, et si une chose est claire, c’est que les punitions sévères ne sont presque jamais la solution, explique Beau Oldenburg. Pire encore, cela ne fait souvent qu’aggraver le problème. Car ce que visent surtout les harceleurs, c’est un certain statut. Ils veulent montrer qu’ils sont des durs, et si vous osez continuer à harceler malgré les sanctions, c’est que vous devez être coriace. Le pire, c’est que ça marche : si les harceleurs ne sont pas spécialement jugés amusants ou sympathiques, ils sont en revanche souvent populaires. »

Une façon beaucoup plus utile de prendre en main le harcèlement est la mise en place d’un groupe de soutien : un groupe désigné par l’enseignant, composé d’enfants positifs et neutres de la classe ainsi que du harceleur, qui réfléchissent à des manières d’aider l’enfant qui ne se sent pas bien dans la classe. « Aucune étude ne vient encore corroborer cette approche, mais il est fort probable qu’elle aiderait. Car ce que nous voyons chaque fois, c’est que le harcèlement est un processus de groupe, explique l’experte. En effet, le harcèlement ne vaut la peine que si d’autres enfants y participent ou trouvent ce comportement cool. Si vous inversez la tendance et que vous donnez au groupe la responsabilité de créer une atmosphère agréable dans la classe, très vite, le harcèlement ne sera plus intéressant. »

‟ Si les harceleurs ne sont pas spécialement jugés amusants ou sympathiques, ils sont en revanche souvent populaires. ”

Beau Oldenburg a souvent observé qu’avec ce type d’approche les parents trouvaient que le harceleur s’en tire à bon compte. « Ils préféreraient qu’il soit forcé d’assumer les conséquences de ses actes. Et si des faits délictueux ont été commis, il devrait y avoir naturellement des sanctions. Mais le harcèlement est souvent beaucoup plus subtil. Comme les punitions ne marchent pas, mieux vaut chercher une solution efficace. » Une étude récente de l’Institut Trimbos aux Pays-Bas et de cinq universités a montré que les programmes scolaires qui utilisent un groupe de soutien obtiennent de réels résultats.

‟ Celui qui est harcelé n’a qu’à rendre les coups à son harceleur. Comme ça,  ça s’arrêtera. 

« Défends-toi », disent parfois les parents à leur enfant harcelé. Mais selon le psychologue suédo-norvégien Dan Olweus qui fait depuis quarante ans autorité dans le domaine des recherches sur le harcèlement et qui a conçu le Programme Olweus de prévention du harcèlement, c’est justement la différence de pouvoir entre le harceleur et sa victime qui est une caractéristique importante du harcèlement. Cela signifie que le harceleur est plus fort physiquement ou qu’il a, par exemple, plus d’amis que la victime, ce qui rend très compliqué et même dangereux de rendre les coups. Beau Oldenburg précise : « Les recherches scientifiques ne laissent en rien supposer que le harcèlement s’arrête lorsque la victime rend les coups. En outre, en donnant ce conseil, vous reportez la responsabilité de l’arrêt du harcèlement sur la victime – Si tu te défends suffisamment, ça s’arrêtera – et j’estime que ce n’est pas souhaitable. Le harcèlement est un problème du groupe et doit aussi être résolu
dans le groupe. »
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Texte : Peggy van der Lee et Beau Oldenburg // Photo : Getty images
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