| Publié le 14 novembre 2018

Le plaisir selon Claude Ponti

Le plaisir selon Claude Ponti

3 min de lecture Jeune, je traversais le plaisir : je faisais ceci ou cela et puis j’étais content. Aujourd’hui, je cherche à comprendre par où ça passe, ce que l’on peut faire pour en ressentir davantage.

Ça peut être des choses toutes simples. L’autre jour, par exemple, j’étais chez des amis qui ont servi une sorte de tomme aux truffes. Moi je discutais, je discutais. J’en mange un morceau, je trouve ça assez intéressant mais sans plus. Et puis heureusement, quelqu’un a parlé du fromage aux truffes. Et je me suis rendu compte que j’étais totalement passé à côté. J’ai laissé le morceau suivant s’épanouir dans ma bouche. C’est un peu comme la joie : accepter que ça se passe. Et faire en sorte que ça soit riche.

Et aussi faire en sorte que ça devienne éventuellement un souvenir. Parce que l’on fait quand même beaucoup de choses vite ou parce qu’il faut les faire. Petit, c’est une chose qui m’avait frappée. On avait visité avec mes parents un parc où il y avait des plantes exotiques et j’avais un des premiers appareils photo automatiques, l’Instamatic de Kodak. J’avais, disons, 20 poses sur ma pellicule. Donc j’ai fait 20 photos. Mais quand elles ont été développées, je me suis retrouvé devant des photos que je ne comprenais pas ! J’étais tellement préoccupé par la photo que j’étais en train de faire que je n’ai pas regardé où j’étais. Et du coup, la photo, j’étais incapable de la situer.

Ça a été une leçon de fond pour moi. Apprendre à regarder et à être dans l’instant. J’ai appris ça à ma fille. Et elle l’a fait. Ça change beaucoup les choses. Les gens qui font des selfies en permanence, qui se prennent en selfie devant la Joconde : ils ont la preuve qu’ils y étaient mais ils ne la regardent pas. En fait, ils ne vivent pas. C’est un peu la différence entre une peinture en vrai et une reproduction. Une peinture en vrai, quand elle est un peu sincère et un peu sensible, la matière même de la  peinture, elle vous fait des choses sur la peau. On ressent émotionnellement… On n’a pas besoin de toucher au tableau. Une reproduction ne fait jamais ça. Même à 200 000 pixels.

Alors ça, ça peut me mettre en colère ! C’est un rapport à la réalité qui  est dément.

 

 

Propos recueillis par Sophie Behr et Iris Cazaubon // Photos : Gwladys Louiset

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