| Publié le 24 août 2018

Témoignages : je me réconcilie avec l’argent

Témoignages : je me réconcilie avec l’argent

7 min de lecture Ils étaient mal à l’aise avec l’argent, avaient peur d’en gagner, d’en dépenser ou, au contraire, achetaient sans compter. En prenant conscience de ce que leur attitude révélait de leur histoire et de leur personnalité, ils ont pu apaiser leur relation à l’argent.

Guillaume W. ; Directeur artistique

J’ai un rapport conflictuel à l’argent. Avec le travail que j’exerce – directeur artistique en agence de communication – et l’âge respectable que je commence à atteindre, je pourrais avoir une situation financière socialement convenable et sécurisante. J’aurais pu faire ce que l’on appelle une “carrière”. Mais je ne nourris aucun fantasme d’ascension sociale et l’argent en lui-même ne m’intéresse pas. Il est l’huile du moteur d’une machine sociétale que je réprouve. Je ne voulais pas, par mon travail, contribuer à un modèle de société que je désapprouve. Selon moi, l’argent, qui par nature est neutre et qui n’est qu’une unité d’échange, s’est perverti, parce que la société en a fait un moyen d’asservissement.

J’ai été un rouage de la machine – j’ai eu une belle maison à Boulogne et de jolies chemises – et un jour j’ai décroché. J’ai réalisé que ce n’était pas du tout ce dont j’avais envie. J’ai commencé par ne plus aller bosser le mercredi pour être auprès de mon fils, et très vite je n’ai plus du tout travaillé. Je me suis délibérément mis en marge de la société. Je vivais dans la décroissance totale. J’ai passé des années à me nourrir de lentilles, à m’habiller avec des vêtements donnés et à vivre dans un studio miteux, propriété de ma grand-mère.

C’est compliqué de ne pas avoir d’argent parce que ça vous isole de facto et socialement, a priori, vous n’existez plus. C’est un phénomène de mise en marge assez cruel. Peu à peu, j’ai reconstruit une relation au travail qui a été chaotique et parfois douloureuse. J’ai travaillé pour des associations éthiques et des projets qui remettent l’humain au cœur de leur mission. Parallèlement, j’ai recommencé à travailler en agence de communication en “mercenaire”, c’est-à-dire que je travaille en indépendant sur un temps limité que je choisis. Je continue en revanche à consommer de manière très restrictive. Je n’achète pas n’importe quand et n’importe quoi en étant l’esclave de mes pulsions.

Pour moi aujourd’hui, l’argent, c’est du temps. Je travaille ce qu’il faut pour me permettre d’avoir du temps pour moi. J’ai un pied dans chaque monde : un pied dans un monde où je laisse s’exprimer mes projets personnels, où j’apprends et je m’enrichis ; et un autre dans la société telle quelle est pour ne pas être marginalisé et pour vivre parmi les autres. J’ai trouvé l’équilibre qui me permet de me préserver tout en n’étant pas complètement en marge de la société. Cela dit, je privilégierai toujours le temps à l’argent. Cela ne va pas sans sacrifice, mais c’est le choix que je fais.

Peut-être que la troisième étape sera pour moi de réussir à gagner de l’argent en pratiquant une de mes passions. Je pense que là réside l’essentiel du bonheur : vivre de sa vocation.

 

Livia Cairo ; Auteure de Créer sa vie en étant soi 

Au début de ma vie professionnelle en tant que salariée, je vivais dans la frustration ; j’avais toujours la sensation de ne pas avoir assez d’argent. J’étais en permanence à découvert, sans jamais réussir à économiser. Je ne savais même pas comment je dépensais cet argent ! Il faut dire que je ne me privais jamais de rien, je consommais dans une forme de boulimie irrépressible, et je ne savais jamais dire non lorsque l’on me proposait des sorties.

Ma colocataire de l’époque percevait les mêmes revenus que moi et nous avions les mêmes charges. La différence tenait au fait qu’elle réussissait à économiser, elle. Le savoir a été une révélation ; j’ai compris que ce manque supposé d’argent n’était pas lié à l’argent en lui-même mais à mon comportement à son égard.

Je viens d’une famille modeste et j’ai souvent entendu la phrase : « On ne peut pas, on n’a pas assez d’argent. » Enfant, je m’étais promis que je ne vivrais pas ça une fois adulte. J’ai compris que dépenser à tout-va était pour moi synonyme de richesse. Autrement dit, si je refusais de dépenser, cela faisait de moi quelqu’un de pauvre. Je ne voulais pas donner cette image de moi.

J’ai quitté mon travail de salariée pour me lancer dans l’infoprenariat. Après une période de sobriété totale au cours de laquelle je vivais avec 400 € par mois, j’ai commencé à gagner de l’argent. J’ai décidé de prendre soin de cet argent pour ne pas retomber dans mes anciens schémas.

J’ai commencé à consommer en conscience. J’ai pris le temps de regarder ce qui me faisait vraiment plaisir. Avant d’acheter, j’instaure un dialogue avec moi-même pour savoir si j’ai réellement besoin de cet achat, s’il me met en joie, s’il contribue à quelque chose de positif ou de néfaste. Je fonctionne ainsi sur tous mes postes de dépenses, des vêtements à la nourriture, des objets aux sorties. Je ne ressens aucune contrainte ni aucune frustration car chaque achat est dicté par la joie. J’ai intégré que l’argent que je gagne ou que je dépense n’est pas ce qui fait ma valeur.

Avoir conscience de ses blocages suffit parfois pour les dissoudre, même si cela demande tout de même du temps et d’y revenir régulièrement. C’est comme une hygiène de vie que l’on s’impose. Chaque jour, je travaille sur mon état d’esprit pour ne pas être guidée par mes anciens fonctionnements et pour que ça ne soit pas l’argent qui gère ma vie mais moi-même, en conscience, qui gère mon argent en fonction de la vie que je veux.

Je pense que notre relation à l’argent est fonction de l’estime que nous nous portons. À mon sens, prendre soin de mes finances revient à prendre soin de moi.

Texte et Photos : Magali Perruchini

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